A M. PERROTIN
lu droit de laisser à son prcmior chiffre. Bien plus, vous n'avez cessé de me prodiguer les soins dispendieux, les attentions délicates d'un dévouement que je puis appeler filial.
La magnifique édition que vous annoncez aujourd'hui, sans nécessité pour votre commerce, est encore un effet de ce dévouement. C'est une espèce de glorification artistique que vous voulez donner à mes vieux refrains; entreprise que j'ai dû désapprouver, en considérant ce qu'elle vous causerait de dépenses et de peines.
Quelque succès qu'aient déjà obtenu les premières livraisons de cette édition, illustrée par les dessinateurs et les graveurs les plus distingués, commentateurs ingénieux qui trouvent souvent au texte qu'ils adoptent plus d'esprit que l'auteur n'en a su mettre; quel({uc succès, dis-je, qu'aient obtenu ces livraisons, je sens qu'il est de mon devoir do vous venir en aide autant que cela m'est possible.
Sans avoir la fatuité de croire que je manque à la promesse faite au public de ne plus l'occuper de moi, je me décide donc à extraire du manuscrit des chansons de ma vieillesse, manuscrit qui vous appartiendra à ma mort, huit ou dix chansons, auxquelles vous pourrez joindre les couplets imprimés le jour du convoi de mon vieil ami Wilhem. J"ai choisi ces chansons parmi celles qui se rapprochent le plus, par les sujets et la forme, du genre de ctUes dont se composent mes précédents recueils. Ce n'est certes pas un riche présent que je vous fais ; mais, quelles qu'elles soient, acceptez-les vite, car l'envie de les reprendre pourrait bien me venir. Vous savez mieux qu'un autre, mon cher Perrotin, combien me coûte aujourd'hui la moindre publication nouvelle. Aussi j'espère qu'on ne verra dans ce chétif larcin fait à mon recueil posthume qu'un témoignage de gratitude donné par le vieux chansonnier à son fidèle éditeur.
J'ajoute que près de vingt ans de bonne intelligence en
• A M. PKRROTIN. .'iôT
Il hoiumo do lettres et un libraire est malheureusement liosc assez rare, depuis l'invention de l'iniprinierie, pour ne tous les deux nous en soyons éLialenieiit (lors. V.n vous ITrant la preuve^ du i)ri\ (|iie j'y atlaciie, mon cIkm" l'ci-roliri, î 6ui> :\ vous de cœur,
P.-J. DE nÉr.A\r,r:R.
Piiris, 19 décembre 181*5.
/*. ^'. Je regrette de ne pouvoir vous donner une de mes hansons inédites sur Napoléon : mais je ti^is ^ ce que eWcs-là paraissent toutes ensemble.
Dli P.-J
DE DÉRANGER