II A N S 0 N S
Vos orateurs pnrlcnt à qui sait liro;
Toi, conspirant tout liaut contre les rois,
Tu marias, pour ameuter les voix,
Des airs de vielle aux accents de la lyro. »
Adieu, chansons! mon front chauve est ridé.
L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
« Tes traits aigus lancés au trône môine, En retombant aussitôt ramassés, De pré?, de loin, par le peuple qui t'aime, Volaient en chœur jusqu'au but relancés. Puis, quand ce trône ose brandir son foudre, De vieux fusils l'abattent en trois jours. Pour tous les coups tirés dans son velours. Combien la muse a fabriqué de poudre! » Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
« Ta part est belle à ces grandes journées. Où du butin tu détournas les yeux. Leur souvenii', couronnant tes années, Te suffira, si tu sais être vieux.
Aux jeunes gens racontes-en l'histoire; Guide leur nef; instruis-les de l'écueil; Et de la France un jour font-ils l'orgueil, Va réchauffer la vieillesse à leur gloire. ^) Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde. Oui, vous sonnez la retraite à propos.
Pour compagnon, bientôt, dans ma mansarde, J'aurai l'oubli, père et fils du repos.
Mais il ma mort, témoins de noire lutte, De vieux Français se dironl, l'œil mouillé : Au ciel, un soir, cette étoile a brillé; Dieu réteignit longtemps avant sa chute. Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.
A M. TERROTIN'
11 y a douze ans, mon cher Perrotin, que, pensant à l'oubli où, selon moi, mes chansons devaient tomber promptemont, je vous cédai toutes mes chansons, faites et h faire, pour une modique rente viagère de huit cents francs. Vous hésitiez à conclure ce marché, que vous trouviez désavantageux pour moi. Avec un autre que vous il l'eût été en effet; car, en dépit de mes prédictions, le public m'ayant conservé toute sa bienveillance, les éditions se succédèrent rapidement. De vous-même alors, et à plusieurs reprises, vous avez augmenté cette rente, que ma signature vous donnait
1. Par une réserve facile à comprendre, l'éditeur des Chansom de Béranger hésitait à publier cette lettre, qui était si honorable pour lui; mais cette lettre devenait un des ornements les plus précieux de l'édition illustrée, ce beau livre auquel ont travaillé les artistes les plus distingués de ce temps-ci, et maintenant que le libraire publie, séparément, les Chansons inédites, où donc pouvait-il trouver une préface plus convenalle, un frontispice plus excellent à cette publication ?
Parmi les chansons inédites qui ont signalé notre édition illustrée, les lecteurs retrouveront, non pas sans un étonnement enthousiaste, ce chant de guerre national : Notre Coq, et surtout le Délwje (26 mai 1847), cette éloquente et énergique prédiction qui, en moins d'un an, devait être réalisée, ou peu s'en faut encore, dans tous les royaumes de l'Europe. Béranger avait raison :
Ces pauvres rois, les voilà tous noyés.