L'ANNIVERSAIRE
Air du Partage de la richesse.
Depuis un an vous êtes née, Héloïse, le savez-vous?
C'est là votre plus belle année, Mais l'avenir vous sera doux.
Voici des fleurs que l'on vous donne; Parez-vous-en, et, s'il vous plaît, Charmante avec cette couronne, N'allez point en faire un hochet.
Un enfant qui ne vieillit guère, Sachant qui vous donna le jour, Devine que vous saurez plaire; Vous le connaîtrez, c'est l'Amour.
Redoutez-le pour mille causes.
Bien qu'il vous soit frère de lait; Car de votre chapeau de roses Il voudra se faire un hochet.
L'Espérance aux ailes brillantes Sur vous se plaît à voltiger :
De combien de formes riantes Vous dote son prisme léger !
A ses doux songes asservie, Vous serez heureuse en effet, Si pour chaque âge de la vie Elle V.0US réserve un hochet.
ILS l'ÏÏIlIlJS SUKS-SMl"
Garnier frères Editeurs
Di: in;UAN(M^, R, .so
LE VIEUX SERGEiXT.
Air : Dis-moi, solilal, dis-moi, t'en souvicns-lii ?
Près du rouot de sa fille chérie Le vieux sergent se distrait de ses maux, Et, d'une main que la balle a meurtrie, Berce en riant deux petits-fils jumeaux. Assis tranquille au seuil du toit champêtre, Son seul refuge après tant de combats.
Il dit parfois : « Ce n'est pas tout de naître; Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! »
Mais qu'entend-il? le tambour qui résonne : Il voit au loin passer un bataillon.
^Le sang remonte à son front qui grisonne ; Le vieux coursier a senti l'aiguillon.
Hélas! soudain, tristement il s'écrie :
« C'est un drapeau que je ne connais pas. Ah! si jamais vous vengez la patrie.
Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,
Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus,
Ces paysans, fils de la République,
Sur la frontière à sa voix accourus?
Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes,
Tous à la gloire allaient du même pas.
Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.
Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
« Do quel éclat brillaient dans la bataille Ces habits bleus par la Victoire usés ! La Liberté mêlait à la mitraille Des fers rompus et des sceptres brisés. Les nations, reines par nos conquêtes, Ceignaient de fleurs le front de nos soldats. HeureuK celui qui mourut dans ces fêtes ' Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
« Tant de vertu trop tôt fut obscurcie.
Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs;
Par la cartouche encor toute noircie
Leur bouche est prête à flatter les tyrans.
La Liberté déserte avec ses armes ;
D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras;
A notre gloire on mesure nos larmes.
Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »
Sa fille alors, interrompant sa plainte,
Tout en filant lui chante à demi-voix
Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte,
Ont en sursaut réveillé tous les rois.
« Peuple à ton tour que ces chants te réveillent :
Il en est temps ! » dit-il aussi tout bas.
Puis il répète à ses fils qui sommeillent :
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!»
ni'! Hi:i{.\N(iHW. 91
LE PRïSONjNIEU.
Air (lo l;i Ralançoiro, d'Amàih'iO do Braitlan.
Reino dos flots, sur (a l)nrquo rapide Vogue en clianlant, au bruit des longs éciios. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine des flots.
Ainsi chante, à travers les grilles, Un captif qui voit chaque jour Voguer la plus belle des filles Sur les flots qui baignent la tour.
Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue enchantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine des flots.
Moi, captif à la fleur de l'âge Dans ce vieux fort inhabité, J'attends chaque jour ton passage Comme j'attends la liberté.
Reine des flols, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide. Le ciel sourit : vogue, reine des flots.
L'eau te réntîcliit grande et belle ; Ton sein forme un heureux contour.
A qui ta voile obéit-elle ?
Est-ce au Zéphyr? est-ce à l'Amour?
Reine des flots, sur ta barque ra'pide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine des flots.
De quel espoir mon cœur s'enivre! Tu veux m'arracher de ce fort, Libre par toi, je vais te suivre; Le bonheur est sur l'autre bord.
Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine des flots.
Tu t'arrêtes, et ma souffrance Semble mouiller tes yeux de pleurs.
Hélas! semblable à l'Espérance, Tu passes, tu fuis, et je meurs.
Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide. Le ciel sourit : vogue, reine des flots.
L'illusion m'est donc ravie!
Mais non : vers moi tu tends la main.
Dlî Ml''. RANGER. 98
Aslro de (|ui dcpciul ma vio, Tour moi lu brilleras (ItMuain.
Heine des flols, sur la l)ar(iu(^ ra[)ide Vogue en cliaul.uil, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue, reine i\vs flots.
L'ANGE EXILi:.