II
LE VIEILLARD
Vois ma fille, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux :
Elle a consolé ma vieillesse.
Dieu t'offre un ami (6ù), sois heureux.
LE VOYAGEUR
Dans cette nuit profonde et triste Ce Dieu vient-il guider nos pas?
Eh! qu'importe enfin qu'il existe, Si pour lui nous n'existons pas?
LE VIEILLARD
Voici ta couche et ta demeure :
Chasse tes rêves ténébreux.
Tiens-moi lieu du fils que je pleure, Dieu t'offre un ami (bis), sois heureux.
L'étranger reste; il plaît, il aime.
Et de fleurs bientôt couronné,
Époux et père, il va lui-môme
Dire à plus d'un infortuné :
« Le sort est injuste sans doute,
Mais n'est pas toujours rigoureux.
Dieu, qui m'a placé sur ta route,
Dieu t'offre un ami [bis], sois heureux. »
DP, UKUANGl'-K. 99
OGTAVIE.
Aiu des Comédiens.
Viens parmi nous, qui brillons do jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs; Viens sous l'ombrage, oii, libre avec ivresse, La Volupté seule a versé des pleurs.
Ainsi parlaient des enfants de l'Empire A la beauté dont Tibère est charmé.
Quoi ! disaient-ils, la colombe soupire Au nid sanglant du vautour aiïamé!
Belle Octavie! à tes fêtes splendides.
Dis-nous, la joie a-t-elle jamais lui?
Ton char, traîné par six coursiers rapides. Laisse trop loin les Amours après lui.
Sur un vieux maître, aux Romains qu'elle outrage, Tant d'opulence annonce ton crédit; Mais sous la pourpre on sent ton esclavage; Et, tu le sais, l'esclavage enlaidit.
3Iarche aux accords des lyres parasites; Que par les grands tes vœux soient épiés. Déjà, dit-on, nos prêtres hypocrites Ont de leurs dieux mis l'encens à tes pieds.
Mais à la cour lis sur tous les visages : Traîtres, flatteurs, meurtriers, vils faquins, D'impurs ruisseaux, gonflés par nos orages. Font déborder cet égout des Tarquins.
Tendre Octavie, ici rien n'effarouche Le dieu qui cède à qui mieux le ressent. Ne livre plus les roses de ta bouche Aux baisers morts d'un fantôme impuissant.
Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs: Viens sous l'ombrage, où, libre avec ivresse, La Voliipté seule a versé des pleurs.
Accours ici purifier tes charmes; Les délateurs respectent nos loisirs.
Tous à leur prince ont prédit que nos armes Se rouilleraient à l'ombre des plaisirs.
Sur les coussins où la douleur l'enchaîne, Quel mal, dis-tu, vous fait ce roi des rois? Vois-le d'un masque enjoliver sa haine, Pour étouffer notre gloire et nos lois.
Vois ce cœur faux, que cherchent tes caresses, De tous les siens n'aimer que ses aïeux ; Charger de fers les muses vengeresses, Et par ses mœurs nous révéler ses dieux.
Peins-nous ses feux, qu'en secret tu redoutes, Quand sur ton sein il cuve son nectar.
DR BÉRANnriR. 101
Ces foiix infocls dont s'indii^'nonl les voûtes Où plane onror l'aiglo du grand César.
Ton sexe faible est oublieux des crimes; Mais dans ces murs ouverts à tant de peurs, N'entends-tu pas des ombres de victimes Môler leurs cris à tes soupirs Irompeurs?
Sur le tyran et sur toi le ciel gronde: Avec les siens ne confonds plus tes jours. Ah! trop souvent la liberté du monde A d'un long deuil affligé les Amours.
Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Preçdre un amant, mais couronné de fleurs; Viens sous l'ombrage, oij, libre avec ivresse, La Volupté seule a versé des pleurs.