‹ ŒuvresChapitre 90 sur 165 · L'ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L'ANGE GARDIEN

Air : Jadis un célèbre "empereur.

A l'hospice un gueux tout perclus Voit apparaître son bon ange; Gaiement il lui dit: Ne faut plus Que votre altesse se dérange.

I8f5 CHANSONS

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Sur la paille, né dans un coin, Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche? Oui, dit l'ange: aussi j'eus grand soin Que la paille fût toujours fraîche.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Jeune et vivant à l'abandon, L'aumône fut mon patrimoine.

Oui, dit l'ange, et je te fis don Des trois besaces d'un vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Don ange, adieu: portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au feu, Je perdis une jambe en roule.

Oui, dit l'ange ; mais avant peu Cotte jambe aurait eu la goulte.

Tout compté, je ne vous dois rien : Bon ange, adieu; portez- vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé Mit le juge après mes guenilles.

Oui, (lit l'ange ; m;us je plaidai :

Tu ne fus qu'un an sous les grilles.

Tout compté, je ne vous dois rien, Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Chez Vénus j'entre en maïauileur:

C'est tout fruit vert que j'en rapporte.

DM IJHKANGEK. 187

Oui, flil Tango; mais, par [)ii(lour,

Là je (o quittais à la porte.

Tout compté, je no vous dois rien :

non ange, adieu; porlez-vous bien.

D'un laidron je deviens l'époux, Priatit qu'il no soit (|uc volage.

Oui, dit l'ange; mais nul do nous Ne se môle de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rion :

Bon ange, adieu ; ])orlez-vous bienu

Vieillard, affranchi de regrets, Au terme heureux enfin alteins-je?

Oui, dit l'ange, et je tiens tout prêts De l'huile, un prêtre et du vieux linge. Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

De Tenfer scrai-jc habitant, Ou droit au ciel veut-on que j'aille?

Oui, dit l'ange; ou bien nonspoutanl Crois-moi, tire à la courle-paille.

Tout compté, je ne vous dois rien :

l'on ange, adieu; portez-vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaieté tout l'hospice. Il eternue, et, s'envolant, L'ange lui dit: Dieu te bénisse!

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Page 1