LIVRE DEUXIÈME. i
et ce n'était le plus souvent que par des hommes obscurs, voyageurs égarés, ([ui venaient implorer rhospitalité , ou , pêcheurs indigents , qui manquaient de subsistance. «Hélas! disaient souvent « les deux époux , notre fille ne connaîtra- 1- elle «jamais une félicité semblable à celle dont nous «avons joui ensemble? Ne trouvera-t-elle jamais « un époux selon son cœur? Ne verra-t-elle jamais « des enfants se jouer autour d'elle? Une grande « puissance d'aimer repose dans son ame déjà sé- « rieuse. Déjà en effet elle se plaît moins à tresser « en guirlandes les fleurs des prairies. Déjà elle «prend plus rarement sa harpe, ou bien elle la « quitte pour se livrer à de vagues pensées. Elle « écoute plus long-temps le murmure du ruisseau, « et le souffle du vent qui agite les feuilles des ar- « bres. Nous la surprenons toujours égarant vers «le ciel de longs regards qui semblent chercher « l'infini ; elle rêve quelque chose d'inconnu et de « mystérieux. Mais , il ne faut pas nous le dissi- « muler, Eurydice est d'une nature trop élevée pour « qu'il soit facile de lui trouver un époux digne de «la protéger, digne de connaître toute son ame, «digne d'être tout pour elle. Plusieurs princes, se «disaient-ils encore, se tiendraient peut-être ho- « norés de notre alliance; mais parmi les enfants « nomljreux qui croissent à lombre du chêne ma-
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- jestJicnx (rAssarncus, il n'en est point à (|iii nons .< vonlnssions conHcr de si chères destinées. D'ail- " Icnrs cette {grande rcnoniniée n'est point assez "pnrc, et de trop justes malheurs viendront sans « doute hientôt assaillir et jeter sur la terre cet arhre « qui nous paraît si puissamment enraciné dans le « sol. La Hlle d'un roi dont le ré.|ifne est fini trouve- '< rait un bien frêle appui dans le fils d'un roi dont « le règne va finir. Ah! les jours où toutes les desti- « nées se renouvellent sont des jours bien cruels! « La douleur est la loi proj^ressive de l'univers. >»
« Ainsi parlaient entre eux les deux époux , et ils se détournaient pour pleurer, lorsqu'ils considéraient Eurydice. «Ma fille, lui disaient- ils quel- «quefois, ouvre-nous ton cœur, avoue tes secrètes « pensées et les désirs que tu formes. » « Je ne forme «aucun désir, répondait la vierge innocente, et «je n'ai point de secrète pensée. >' La jeune fille croyait dire la vérité, et cependant elle pleurait comme ses parents vertueux. El!e pleurait , tout étonnée de sentir en elle quelque chose qui ressemblait à la tristesse de la solitude. Elle ne pouvait s'avouer que ses parents ne lui suffisaient plus. Mais sur-tout une faculté prophétique, qui s'éveillait obscurément en elle , venait aussi troubler tous les enchantements du premier âge, toutes les fêtes les plus riantes d'une jeune imagination. Alors le triste