LIVRE DEUXIÈME
pressentiment d'une mission dure à accomplir lal^fitait profondément.
" Un jourTalaon et Eurydice erraient au hasard non loin de leur demeure. Ils s'étaient arrêtés sur la pointe d'un rocher battu par les vagues menaçantes. Le ciel tout-à-coup se couvrit de nuages. Une nuit anticipée s'étendit sur les eaux; et du sein de cette nuit sortaient des éclairs terribles ; à la lueur sinistre de météores affreux.^ ils virent un frêle esquif ballotté sur l'abyme mugissant. Dieux immortels ! dans l'esquif si misérablement perdu parmi les flots en courroux, sauverez-vous ce mortel intrépide qui seul lutte contre la tempête? Talaon d'une voix forte appela ses serviteurs, et se fit apporter des torches de pins résineux. Il mit aussitôt le feu à un chêne touffu qui dominait sur le rivage, arbre antique, retraite accoutumée de mille oiseaux divers, arbre sacré, fatidique comme ceux de Dodone, et que le Titan affectionnait entre tous les autres. Ainsi le vieillard obéit contre son gré à une soudaine inspiration : l'arbre condamné par le destin ne rendra plus les oracles de l'ancien monde; l'homme nouveau échappera au naufrage. Bientôt le chêne embrasé, pétillant avec un murmure tout semblable à des voix tumultueuses, jette au loin une grande lumière; et l'infortuné, qui était suspendu sur tant de gouffres prêts à l'engloutir, put
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tlirijyorscs cFForts du côté de la clarté scconraMo. En effet, l'csquil Jipprocliait; il roulait, se piécij)itnnt (le vii};nc en v;i{;ne, et criait dans ses ais désunis. On put (listin(;uer alors la noble fifjure du ii jeune héros qui a.<;itint avec force et calme ses rames à demi brisées. Son ame, restée paisible au milieu de ce redoutable chaos, son ame semblait dominer les éléments et commander aux flots. Une lyre était à ses pieds. Enfin la tempête s'apaise, et (*ii quelques instants l'étranjyer courafjeux touche au rivage. Du geste il salue le vieillard vénérable qui avait dirigé sa course sur la mer orageuse, et prenant sa lyre il Toffre en souriant à Eurydice mille fois émue. Avant de quitter la barque rompue ])iiila violence des vagues, il veut mériter le don de l'hospitalité.
«Eurydice, qui avait passé par toutes les anxiétés de finquiétude, et qui était à peine rassurée, laisse tomber un doux regard sur le hardi navigateur, tout éclatant de jeunesse et de beauté. Lui, sans autre émotion que linspiration poétique qui gonfle sa poitrine généreuse, qui enflamme tous ses sens, qui est son ame et sa vie, il promène avec rapidité ses doigts sur sa lyre divine , et en fait sortir des sons ravissants, des flots d'harmonie. Il semble en quelque sorte ajouter à la tranquillité des vagues, qui viennent d'être rendues au calme.