LIVRE NEUVIÈME
et que toutes les classes avaient été admises dans l'arche astronomique, religieuse et sociale. Le nom glorieux d'Orpliée est à peine connu , tant la mémoire des bienfaiteurs des hommes est vite oubliée. Les doctrines harmonieuses avaient disparu de la Thcssalie; cette contrée était presque entièrement envahie par les tristes superstitions de la magie. Les sourds et plaintifs mugissements du rhombus profane avaient remplacé les doux chants de la lyre fatidique. Je reconnais cependant , parmi les poésies conservées dans la mémoire des peuples, les débris d'un dithyrambe où le nom d'Eurydice est mêlé. Pour eux la fille de la vision fut une dryade. Un vieillard a enseigné ce dithyrambe aux habitants qui aiment encore à le redire.
«Dans des chants alternatifs, les hommes célèbrent le don de la capacité du bien et du mal , les femmes le don de la pudeur ; les uns et les autres le don de la famille. Un hymne à la beauté, qu ils ont appris du même vieillard , est terminé par des mots que j'ai pu retenir, et qui méritent votre attention , sage Evandrc.
« Ce qu'est la beauté pour nos sens tels qu'ils sont faits sera la vertu, sera la vérité, pour les sens que nous devons acquérir. Oui, la beauté, dans ce monde, est une aimable et brillante messagère f[ui nous raconte les merveille» d'un monde meilleur.
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Il Sans (loiilc le \ icillard doiil on parlt; a visih' \v.s {;i'Ottes cosiii(){;()ni(|Ucs de la Saniotliracc; et |)tuitclvc a-t-il été initié aux mystères de Tîle sacrée.
«Je veux donc voir le vieillard. Ce noble étranj;('r, nie dit-on, ne saurait être environné de plus (le \(''nération, mais il se renferme dans un silence inipéiK'trable. Vous ne pourrez parvenir à savoir rien de lui; il n'a jamais cédé à notnî désir d'eutendre raconter ses aventures , que Ion supjjosc fjraves et sérieuses; il paraît seulement pressé de connaître les secrets de la mort. Sa vie s'est consumée dans de longs ennuis, et il n'aspire plus qu'au repos de la tombe.
« De telles réflexions ne me détournent point de mon projet. Je parviens à découvrir la retraite ignorée où le vieillard voulait ensevelir ses derniers jours. Je le trouve occupé à méditer. Il appliquait l'hexamètre héroïque à des poëmes sur les éléments, sur les pierres précieuses , sur les métaux , sur ([uelques ellets singuliers de la nature; travail pénible de versification, pour enfermer dans une mesure régulière les procédés techniques des arts nouveaux, l'explication des phénomènes du ciel et de la terre. C'est ainsi qu'il employait aridement ses loisirs. On eût dit qu'il voulait enq3risonner une puissante imagination, et retenir dans son sein de fécondes pensées. Si de temps en temps le génie