DE L EPILOGUE
■.-if-
Tout ce qu'il y a de beau dans les travaux de 1 homme ; tout ce qu'il v a de hardi, même de téméraire, il le doit à un ensemble d'efforts, à un concours de forces rendues unes par une unité intelligente.
Les animaux réunis en société exécutent un travail commun à tous par le concours d'actes semblables ; mais l'homme , par le concours d'actes divers. L'unité pour J'homme est dans l'homme même; pour les animaux, elle est dans l'Auteur des choses, dans Dieu.
Les animaux ne conçoivent pas la pauvreté de leur existence ; ils sont privés de la conscience de leur misère.
Les anciens avaient sous les yeux la condition des esclaves , qui était pour eux une grande preuve de la puissance du destin.
Les parias de l'Inde présentent le même exemple et la même preuve.
, Les serfs du moyen âge apparaissent pour montrer que le destin n'est pas complètement vaincu par l'émancipation chrétienne. Les hiérarchies de vassalités reconstruisent les clientelles successives.
5i6 AISCIVIKM'
L'esclava^je s'csl mrmc |ict|)('<lii('' iitahjic la loi direlirniKV
Au fait , riiisloirc nous inonirc riuiinaniu'' souiniso à une fjradalioii de facultés (]ui est en elle-mêuK!, cl (|ui va de la condition la plus nulle et la plus dc|)endantc à la condilioii dont la puissance s'cicvc ]usf|u'à l'iiupunité.
Tout au bas de cette échelle de l'humanité, il y ^ consentement. La créature humaine la plus infime , avant l'idée de son évolution, consent à son infimifé, du moins ne cherche pas à en sortir.
Et successivement les autres classes cdïisentent à l'inégal partage des facultés, à leur dépendance, à leur subordination réciproque.
Il vient un moment où toute cette harmonie du destin éprouve un trouble général : c'est le moment où le sentiment de soi vient à pénétrer au sein des hiérarchies sociales.
Alors la conscience produit la responsabilité dans les classes inférieures , la dignité est réclamée par les classes intermédiaires, et les classes supérieures se trouvent dépouillées peu à peu de l'impunité.
Puis le travail social recommence pour arriver à un nouveau partage des facultés humaines , et le destin se retire successivement.
Le don de la capacité du bien et du mal , en d'autres termes, le don de la conscience ou de la responsabilité est le feu dérobé au ciel par Prométhée, et c'est ce feu du ciel qui sépare l'essence humaine de l'essence animale.
DE L'ÉPILOGUE. Si 7
Or il tallait que rhoinme fit la conquête de ce feu, et il fallait que cette conquête fût le prix d'une grande expiation , car il est dit que ce fut un larcin.
Voilà ce que les prêtres de FÉxjypte ne pouvaient expliquer à Thamyris ; voilà ce que Thamyris à son tour ne pouvait expliquer à Évandre : j'étais donc obli^jê d'intervenir pour faire dire à ma fable ce qu'elle contient en effet.
Les animaux n'ont la faculté ni de ravir ni de recevoir le don de Prométhée, le don du feu, emblème de la capacité du bien et du mal , de la responsabilité. Ils sont ce qu'ils sont.
Ils n'ont point de passé , parcequ'ils n'ont point d'avenir.
Les abeilles observées par M. Huber ne s'inquiètent point de ce que furent les abeilles d'Aristée.
L'homme est donc une essence à part.
Le genre humain prend donc en lui-même la loi continue et palingénosiqne de son développement. Il est tlonc à présent ce qu'il fut à l'origine , c'est-à-dire au moment qui suit le moment mystérieux où nous commençons à l'apercevoir sortant de l'horizon du dogme , au-delà de l'horizon du mythe.
Il est donc identi(|ue à ce qu'il fut : telle est la raison pour lacjuelle le passé lui appartient au même titre ([ue le présent et l'avenir; telle est encore la raison pour la- <]uelle sa pensée créatrice s'exerce en liberté , même sur les faits accomplis, non seulement pour en tirer des instructions, mais pour en reconstruire l'idée par une faculté en arrière analogue à la prescience, et qui nous fait comprendre la prescience divine.
:.i8 AlidUîMKJN'r
(^iicllc ('ti'iuliic dans la j)r('i()j;aliv(' liuiiiaiiic, nuisciu'il lui est (loiinc do liicr lo destin tics tcunps jiassrs, et i\v. lui inilifjcr la l'rovideiicr !
lA'sprit liuniaiii se raj)j)t'llc' ce cjuc lui-nuuK! a iait dans un autre temj)s, en vertu des lois qui le font ayir dans ce temps.
Voilà counucnt nous sommes parvenus a reculer le christianisme jusqu'aux â{jes cosmo{;oni([ues.
Voilà conuueut l'honmie participe à la création, tellement que sa puissance n'est pas même bornée par les faits accomplis, puisque nous y découvrons l'idée qui les fit acconq)lii', j)uisque nous les refaisons d'après l'idée lorsque le fait et lidée ne sont pas d'accord.
Cette faculté analojjue à la jjrescience est donc successive, au lieu que la prescience divine est immuable et éternelle.
Ainsi nous arrivons à cette conclusion que l'homme achève le monde où il agit, et qu'il est, par cela même, une puissance de ce monde.
La défaite du destin ne saurait être plus complète.
Les siècles anlérieurs à l'humanité actuelle sont condensés dans une fornnde algébrique toute merveilleuse: c'est le dogme de la déchéance et de la réhabilitation,
I/ondire auguste de ce dogme est projetée sur toutes les traditions générales du genre humain.
Cogîtationes antkjuas fidèles. Amen. Is. , xxv, i.
L'humanité, un peuple, une race, un homme, sont une même chose , une chose identique. C'est ce qui rend les personnifications si naturelles au génie de l'antiquité. De plus , elles indiquent le fait primitif de la division de l'homme universel, et l'homme universel fai-
DE L'ÉPILOGUE. Sig
sant un effort pour se reconstruire. Ainsi les hommes individuels cherchent à refaire l'homme collectif. Les hommes veulent reconstruire l'homme. Le travail et la souffrance ne leur coûtent rien pour une si grande tâche.
La perfectibilité est donc la reconstruction de l'être.
g»a*»»a<aa>»aaa«ae«>«*g«»»6 8e9»o»»aoai»«os«s9a»eB»»a'ac»«fra«»»w<>*«<»a