LIVRE DEUXIÈME. i
« eiîseij^ner à-la-fois et la religion des funérailles et «la religion des mariages, qui sont une seule et " même chose. La société ne peut se créer qu'en «formant le lien domestique; la propriété, sorte « d'identification de l'homme avec la terre par la « culture, devient sacrée par les tombeaux; et c'est « ainsi que le genre humain tout entier peut par- « venir un jour à n'offrir qu'une seule et grande « famille. Mais le joug des lois, pour être salutaire , « doit être librement accepté. Allez, mes enfants, « bientôt orphelins délaissés, allez, mais vivez l'un « et l'autre comme un frère et une sœur, jusqu'à ce « que vous ayez trouvé un lieu où vous puissiez fixer « votre demeure. Imitez les oiseaux voyageurs qui '< s'abstiennent de l'amour tant qu'ils ne sont pas « arrivés dans une contrée où les dieux les instrui- " sent à construire un nid pour leur postérité future. « Orphée, je te confie la pudeur d'Eurydice; que la « certitude de l'avoir pour épouse te suffise. Les >' hommes que tu formeras auront des ancêtres par "la foi de tombeaux; ils auront des descendants '- par la sainteté des mariages ; toi, tu ne peux point "avoir d'ancêtres; et qui sait s'il te sera jamais " donné d'avoir des enfants? Que Jupiter et Métis « te tiennent lieu d'ancêtres; que la race améliorée ' des hommes soit ta noble postérité! Orphée, Eu- ' lydice, couple tlivin, consentez à être misérables
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" pour diminuer la misère du {Tcme luimaiii; Faites " comprendre aux autres la sainteté du lieu cou- ' ju{;al avant de le former pour vous-mêmes. Satis- « faites à la Némésis des noces solennelles ! Ecoutez «ceci, c'est une parole des anciens oracles, c'est «une parole d'en haut: L'homme est un être in- « complet, destine à se compléter successivement « par sa projire intellifjence, par sa propre volonté; « il ne peut rien pour l'avancement et la perfection «de sa nature, tant qu'il est dépourvu du senti- « ment religieux ou du sentiment social, c'est-à-dire « du sentiment qui le met en rapport avec Dieu, et « de celui qui le met eu sympathie avec ses sem- « blables. Ceux par qui la Providence veut créer de « tels sentiments doivent être d'une merveilleuse «pureté. Orphée, toutes les fois que j'invoque la « puissance suprême, j'emploie une expression va- « jTue, qui n'affirme rien sur le sexe; les mystères « de la Samothiace ou de l'Egypte t'apprendront-ils « les sexes des dieux? »
« Vola versait des larmes abondantes. « Pourquoi « pleures-tu, lui dit le vieillard, aimable clarté du «soir de ma vie, pourquoi pleures-tu? que man- « quera-t-il à nos enfants? Ne jouiront-ils pas comme « nous de la protection des dieux? Déjà ils ont ce « que l'abondance et le repos ne donnent point : ils ' ont cette affection réciproque «pii a fait notre