‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 28 sur 189 · LIVRE DEUXIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. i

père, tu as une mère; ces jeunes plantes qui sont si belles , mais qui sont moins belles que toi , tu les a vues naître ; cette terre seule a reçu l'empreinte de tes pas légers; tu nas connu jamais d'autre ciel que celui qui couvre notre tête ; et pour moi , qui t'étais naguère si inconnu , tu vas quitter ton père vénérable, la mère qui t'a nourrie de son lait, les jeunes plantes que tu as vues croître, la terre qui seule a reçu l'empreinte de tes pas , le ciel qui a vu les jeux de ton enfance. O ma bien-aimée , bientôt je serai seul pour toi. Je ne sais si je pourrai t'offrir au moins de temps en temps quelque ombrage frais, ou le repos auprès d'une claire fontaine. 11 faut que je sois tout pour toi. Trop souvent peut-être encore la tempête qui m'a amené sur tes rivages, sera tout l'asile que j'offrirai à mon épouse chérie , à celle qui n'aura que moi sur la terre. » Eurydice alors versait quelques larmes , mais ces larmes étaient pour ses parents augustes, et non point pour elle-même; la douce sérénité de son regard expriujait toute sa confiance.

« Cependant la saison des orages était passée ; le roi des tempêtes ne régnait plus dans le ciel. Talaon prépare la tendre Vola au départ de sa fille. Et quand le jour du départ fut arrivé, fauguste vieillard ordonna à Orphée et à Eurydice de s'asseoir à ses pieds; puis, étendant sur leurs têtes ses

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inaiiis vcrirrablos, il jnoiionra les paroles initiatives, sans toutefois prononcer les parok;s ('po|)(iipies, car les jours consacrés à la piidciii' ne doivent point finir pour eux : ils resteront néophytes, lîedoiitahics mystères de la vie et de la mort, vous ne pouviez leur être complétenienL révélés; le génie des ancêtres était demeuré voilé dans le ciel.

« Allez ensemble dans le même exil , dit Talaon ; «le monde est ouvert devant vous, votre dcvStince « est entre vos mains. Souvenez-vous (jue les dieux « immortels couvrent de leurs regards riiommc "Voyageur, comme le ciel inonde la nature de sa « bienfaisante lumière. Voici des grains précieux "qui doivent tant améliorer la race malheureuse «des mortels. Ils les ont refusés jus({ii'à présent, « mais sans doute les temps n'étaient pas venus «Ainsi la terre deviendra leur héritage; ainsi ils « apprendront le travail et la prévoyance. Ces grains, « emblèmes de tant de biens, g^^ges de tant d'espé- « rances, vous les réserverez pour en faire présent «aux hommes qui les méconnaissent encore, car « le blé doit devenir également la nourriture de « toutes les familles humaines, toutes appelées aux it mêmes progrès par les mêmes labeurs. Vous, « bannis volontaires, vous, librement voués à tou- « tes les indigences, vous mangerez les fruits des " forêts et les racines sauvages. Orphée, tu pourras

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