‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 32 sur 189 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

I HALIE.

LA SAMOTHRAGE.

« Le poëte et sa généreuse compagne, perdus au sein d'un monde barbare, parmi des solitudes terribles, avaient besoin de tout leur courage. Providence des dieux, tu fus leur seul appui.

«Sur les côtes de la Thrace, vis-à-vis Temboucbure de THébre, seléve une île qui était sans renommée lorsque vous quittâtes la Grèce, vénérable Évandre, mais qui depuis a exercé une grande iulluence sur les peuples. De cette île alors inculte, et peuplée seulement par quelques bommes sauvages, sans gouvernement et sans loi, la vue seteiid au loin sur les arcbipcls de la Grèce. C'est la haute Samos de Thrace, à qui je donnerai désoimais le nom de Samothrace. Lorsque je la visitai, elle sortait à peine de la barbarie, et déjà elle commençait à s iUustrcr par un collège de prêtres, pèns

ir.S OHI'llEE.

puissants, (jù j ai a])|)ris 1 histoire que je vous raconte, et dont vous allez entendre la suite.

•iOrj>héc, croyant avec raison qu'une telle position (;éo(;raphi([ue, à Ventrée dun autre monde, pourrait être favorable à ses desseins, avait tourné ses regards jiropliétiques sur cette île destinée à une si grande célébrité. Il voyait par la pensée s'avancer graduellement, de rivage en rivage, depuis les montagnes acrocéroniennes de l'IIémus jus([ue dans la Crète, les doctrines harmonieuses qui réunissent les hommes en corps de société. Il vous serait impossible de comprendre, roi pasteur, l'état de misère et d'abrutissement où serait plongée l'espèce humaine, si elle n'était soumise au joug salutaire de la religion et des lois. Les morts, restés sans sépulture, deviendraient la proie des oiseaux du ciel et des animaux qui peuplent les forêts impénétrables. Non seulement on ne contracterait point de saints mariages, mais même l'union éphémère des sexes serait fort rare, et ne serait due qu'à des rencontres fortuites. Telle n'est point la condition naturelle de l'homme; si quelquefois il est descendu à cet état de dégradation, c'est toujours par la suite d'une catastrophe ([ui a fait périr ses institutions primitives. Néanmoins les traditions les plus anciennes, conservées dans les vieux sanctuaires , assignent toutes ce commencement aux

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