LIVRE TROISIÈME. iGij
destinées humaines : c'est qu'en effet il semble que sans cesse riiomme serait menacé d'y revenir, s'il ne luttait pas sans cesse, si la tutéle sévère des sacerdoces et des patriciats lui était retirée. De ce que riiomme est obligé de combattre contre luimême pour ne pas retomber dans la barbarie, de ce qu il a besoin d'être puissamment aidé pour ne pas succomber dans ces combats de tous les jours, il était facile d'arriver à la pensée qu'il obéit à ses vrais instincts, qu'il est dominé par les souvenirs de son berceau, lorsqu'il oppose une résistance opiniâtre aux enseignements. Il fallait donc lui peindre ce berceau comme peu digne de ses regrets, ces instincts comme devant être réformés. Les initiés savent que les histoires mystagogiques sont des leçons, des emblèmes, des mystères, pour faire mieux comprendre la loi du progrès à la condition du labeur, loi primordiale et sacrée. Les hiérophantes savent de plus ce que sont les différentes tutéles imposées à l'enfance de l'homme social. Mais, Évandre, • ce n'est p<jint ici le lieu de nous entretenir de la science du bien et du mal', de chercher à surprendre les secrets de cette sagesse qui réside dans les sanctuaires.
* " Long-temps Orphée et Eurydice avaient erré au sein de contrées désertes , égarés dans de vastes forêts, domaine antique des bêtes féroces, séjour
(K's <'|)()tiN autos et dos lautoincsclc la iiuil. lIcmiMistiiicrit ils avniont oie insti'iiits l'un et Vaiiire dans cette seicuee proloude qui manque la coirespoiidauccdcs ré{>ions du ciel et des ré(;ious de la terre, i;t ils cherchaient le plus souvent leur route horiuxet obscure, parmi les éclatantes merveilles de lespace sans limites. iMus d'une fois, pour rassurer Eurydice, Orphée interrogea les sirènes mélodieuses assises à Vextrémité de chafjue sphère céleste, d'où elles diirt{;ent avec des harpes immortelles, selon la mesure, le rhythme et le nombre , le mouvement harmonieux de l'univers.
« On ifjnoreetla durée de ce voyage aventureux, et les dangers qu'ils coururent , et les obstacles ({u'ils surmontèrent. Enfin ils arrivent sur les rochers qui bordent la mer orageuse de Thrace. Lorsque la tempête brise un navire, ([uelquelbis de' hardis matelots se font de lenr mât, lompu par l'effort des vagues, une dernière ressource ^ponr sauver leur vie. Cette dernière ressource des naufragés fut le moyen (ju'Orphée imagina pour traverser le détroit. Un vieux chêne, (pie l'orage avait déiaciné, ([ue la foudre avait creusé et dépouillé de ses .branches , devint le grossier et frafrile vaisseau'cm il ne craignit pas de faire asseoir à ses côtés la douce fille de Talaou. Poussés par un^vent favorable, ils viennent échouer sur les arides plages