‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 55 sur 189 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

«pas déjà un acte de rintellif^ence humaine, en- « core si grossière? Des brandons jetés par nous au « milieu de l'antiqlie forêt allument tout-à-coup un «vaste incendie. Les loups se retirent en hurlant, "les vautours épouvantés s'enfuient dans leurs ai- « res. Nous restons seuls avec notre rage, et lorsque «la nuit descendit sur la terre, nous continuâmes « de nous écraser à la lueur des flammes. Nos fem- « mes, nos enfants, les femmes, les enfants de ceux "Contre qui nous combattions, chassés de leurs re- « traites par le feu dévorateur, cherchent un refuge «au milieu de cette scène de désolation, et se pré- « cipitent pèle-mèle sous les pieds des combattants. « Je sentais une terreur intime et profozide, je crai- « gnais que cette race, âpre comme la contrée, et « issue de cette race forte qui avait dompté les élé- « ments, ne fût destinée à périr. L'homme n'aurait « donc fait que paraître sur la terre, et il n'aurait «paru que pour s'exterminer! non ,1 disais- je en «moi-même, une si cruelle destinée ne s'accom- « plira pas! Dielix qui avez fait l'homme, sauvez-le « de ses propres aveuglements!

« Il est impossible de prévoir ce qu'eût été l'issue "de cette horrible l)ataille, si le carnage aveugle " neût été subitement suspendu par un prodige. "Des sons d'une harmonie irrésistible vinrent se « mêler aux cris inarticulés d^la fureur, aux hur-

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Iciiuiils (lu désespoir, et les calmèrent coiiinie par eiichaiiteinent. On eût dit que les nuées ouvraient leurs rideaux d'azur pour verser sur nous la paix des eieux. Notre oreille, à ])eine façonnée, n avait jamais entendu de tels sons; nousnétions (pie des animaux sans irein, mais riiomme futur était en nous. Nous levons les yeux vers la colline escarpée d'où partait le concert, vers la colline où la paix des cicux s'était abaissé^e. Nous apercevons un dieu revêtu d'une lonjjue robe de lin, il tenait une lyre d'ôr dans ses mains inspirées. Une couronne de laurier entourait le Iront de l'immortel.

«A ce moment, une Icunne sort du milieu de la foule, et fait entendre (jueUjues syllabes d'une harmonie étrange. On avait cru d'abord la voir surfjir de la terre, comme une de ces émanations insaisissables qui (piebpiefois le soir se traînent sur les riva.oes des fleuves, puis se condenser et prendre la forme humaine. C'est une femme d'une haute stature, une femme inconnue à tous. Ses cheveux flottent en désordre sur sa tête sinj^^ulièrement belle, la dépouille d'une panthère couvre ses épaules admirables, ses yeux brillent d'un éclat extraordinaire. Toutefois elle conserve quelque chose de fantasti(|ue, et ses traits ne paraissent pas avoir été complètement réalisés. Ses discours peu à jieu devientjent cogipréhensibles. L'ouïe

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