LIVRE QUATRIÈME
avait été obli^ifé de se contenter du char grossier que je viens de décrire. Les cavaliers avaient des piques brutes ; leurs têtes n étaient point protégées par des casques. Les armes défensives n'étaient point connues , et ces peuples ne songeaient qu'à donner la mort , sans s'occuper du soin de ménager leur propre vie. Après cette petite troupe de cavaliers , marchait sans ordre la multitude des fantassins avec d'énormes massues, de lourdes haches et les flèches légères, qui n'avaient encore servi que pour percer les oiseaux dans les airs. Je parvins cependant à régulariser les mouvements de cette troupe confuse, par les sons mesurés que je tirais de ma lyre. Plus tard l'hymne fraternel conduira aux combats meurtriers les différents peuples de la Grèce, et leur fera également affronter la fureur des flots.
«La bataille innommée à laquelle j'assistai en frémissant, et qui est restée inconnue aux Muses, cette bataille présentait quelque chose de fantastique et d'affreux. D'un côté, un peuple revêtu d'armes à peine façonnées, agitant des espèces de flèches et de javelots; de l'autre côté, des hommes demi-nus, les épaules simplement couvertes de peaux de bêtes, sans armes, lançant des blocs de rochers et des arbres déracinés. Je croyais voir une apparition de ces géants farouches, dont la mémoire s'est conservée dans les traditions mythiques.