LIVRE CINQUIÈME
mille voiles. Orphée seul peut nous expliquer ce qu'il est bon de dire, ce qu'il est bon de taire. OEagrius, nous sommes prêts à courir sur les traces d'Orphée, pour apprendre de lui-même ce que nous desirons savoir. Dites-nous donc, si vous en êtes instruit, la contrée que maintenant il éclaire, ou la retraite qu'il a choisie pour y méditer en silence. »
" OEagrius répondit avec une noble simplicité : Illustres députés de plusieurs nations déjà savantes, la renommée ne vous a point trompés lorsqu'elle vous a raconté qu'Orphée avait opéré de si grandes merveilles dans la Thrace; toutefois le peuple des Odrysiens est encore le seul qui ait été ' conquis par la lyre. Mais roi de ce peuple à peine sorti de la barbarie, et naguère barbare moimême, j'ai comme lui subi l'influence du poète divin , sans entrer dans les secrets de sa puissance, ou dans les mystères de sa mission parmi les hommes. Il ne m'a pas jugé digne sans doute de contempler à nu son ame sublime. Je lui obéissais comme à un dieu; pour moi ses paroles étaient des commandements dont je ne cherchais pas même à comprendre le sens. J'ignore donc ce qu'il faut dire, ce qu'il faut taire. Il n'y a point ici deux peuples dans un seul; je fais partie de la t»multitude. Un citoyen d'Héliopolis vient de nous
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'< a[)|>iiMuli(' (|ii (^ij)]u''c est maintenant clans une u contice où la science est ancienne. Je ne puis sau voir ce que la sagesse de ll^gypte doit ajouter à la «sagesse du luros. Et même, s'il faut vous le dire, «je ne suis assuré ni qu'Orpliée existe encore, ni " ([uil ait pu pénétrer dans les souterrains où toute " loi-princijte est enseignée; car le citoyen (rilélio- « polis ne vient point directement des bords du Nil, «et ne raconte (ju'une chose dont il a vaguement « entendu parler. Le nom d'Orphée est déjà si r('>- "pandu, que, même en Egypte, il peut courir de «faux bruits sui- lui comme dans la Grèce bril- « lante et dans la Thrace obscure. Le monde est « plein de son nom, et ce nom commence à se mê- •' 1er dans les fables, à disparaître dans la nuit des «traditions: les siècles se hâtent pour de telles re- « nommées. Quant à Thistoirc des premiers temps «de sa vie, je Tai apprise seulement de Thamyris, «qui la tient des prêtres de la Samothrace, île sa- « crée, -nommée chez vous Dardania ou Leucosie. » Puis s'adressant à moi : « Thamyris, me dit-il, faites « part à ces envoyés illustres de ce que vous m'avez « dévoilé à moi-même. »
«Alors, fils de la Thyade, je dis les premières années d Orphée; OEagrius à son tour raconta les prodiges delà Thrace; Tirésias ensuite nous instruisit des aventures du grand Hercule, de sa mort sur