T.IVRE CINQUIÈME
rOéta, de son apothéose dans le ciel. Toutefois il parlait comme un initié devant des profanes.
«Les députés, hiérophantes savants, ne pouvaient partir sans assister au saint hanquet de l'hospitalité. Ils y gardèrent une sorte de silence superbe à regard du roi barbare, dont ils dédaignaient au fond de leur ame les lumières imparfaites; mais ils respectèrent en moi Ihéritier de la lyre^ et ils ne craignirent pas de me permettre d'avoir avec eux un entretien. Bientôt ils comprirent que le langage des muses était mon propre langage, et ils me parlèrent avec quelque confiance. C'est dans cet entretien , sage Evandre, que j'ai appris pour la première fois les cérémonies par lesquelles les murailles des villes sont inviolables et religieuses; j'appris encore le mystère profond des choses fatales, auxquelles tient la durée de l'institution , et dont la plus importante est le palladium, arche vénérée, où sont renfermés les os du fondateur; j'appris ainsi ce qui fait la différence de la cité mystique, qui est Ogygie, et de la ville profane, qui est Thébes. J'appris enfin dans toute son étendue la doctrine immense des asiles. Le mythe si considérable de Cadmus serj)ent, et de son épouse Harmonie, me fut révélé par Tirésias, ainsi que le mythe terrible des dents du dragon produisant une moisson de guerriers. Il me révéla en mênje temps la fameuse énigme du mont
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iMiicciis, ([ui (S( à-lii-il)is l\rii{;ni(' de la nature liiiiiiaiiiccl l'('iii|;iiu' des races royales. «Si pour niou- .. lei Mil le (loiic, uic disait le devin, OJ'ajjrius eût «été obligé de deviner cette éni^jnie, jenen doute « point, il eût été dévoré par le .Spliinx. Orpliée, je « le vois, n'a donné à ce roi barbare qu'une initia- « tion incomplète." Tirésias nie fit aussi, duiant mon entretien, une peinture des danses orgiques du Cytbéron. Ensuite les ambassadeurs prirent congé du roi et se retirèrent. Vous avez su , Ëvandre, tons les événements de la Gadmée, qui ont suivi. Le devin illustre les prévoyait; il était facile de le voir à la tristesse de tous ses discours. Il connaissait trop bien la rigueur des destinées mortelles; il connaissait trop bien ce que renferme de douloureux l'identification d'une dynastie avec le sol et avec le peuple. C'est pourquoi, du moins telle est ma pensée, c'est pourquoi il eût désiré recevoir d'Orphée des instructions et des conseils, peut-être même des ordres puissants.
« Alors peut-être en effet eût été épargné au monde le spectacle déplorable des plus funestes infortunes qui puissent affliger la nature humaine; car il est permis de croire (j[ue si finitiation à laquelle fut soumise la Tlirace fut rendue trop facil^ par Orphée, celle qu'Amphion voulut imposer aux peuples de l'Aonie a été trop rigide, entourée de