‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 139 sur 184 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tourments. Une providence vengeresse ne m'a point épargné de si cruelles alternatives. .Vai su tout ce ({u il a pesé de calamités horribles sur la famille du monarque infortuné. J'ai su que la compagne de ses grandeurs et de ses adversités, la noble fille des Césars , avait fini par périr aussi sur l'échafaud. J'ai su que les modestes vertus de madame Elisabeth, cette princesse admirable, si dévouée, qui fut un ange avant d'habiter parmi les anges , n'avaient pu désarmer les bourreaux. J'ai su que l'enfant auguste, héritier du trône sanglant de son père, après avoir végété douloureusement sur la paille humide des cachots , avait succombé sous le poids des plus indignes traitements. J'ai su que la fille de Louis XVI, survivant seule à tant d'illustres funérailles, entourée d'un silence impénétrable comme dans les prisons muettes de Venise, n'avait enfin recouvré la liberté que pour quitter ce sol français abreuvé du sang de tous les siens. Destinée à errer d'exil en exil sur les terres étrangères , que seront pour elle les jours de l'adolescence et de la jeunesse! Elle fut le prix d'un échange ; elle ne fut pas même jugée digne d'une rançon. En abandonnant la France , il ne lui était pas permis d'être rassurée sur les cendres sacrées qu'elle laissait parmi nous. Elle partait au sein de l'abolition et de la profanation de tous ses souvenirs.

«Mais (juc dis-jc! j'ai su! Ah! j'ai loiig-teiij])s iyiKué la plus lamentable et la plus cruelle partie de ces royales infortunes. Peut-être même le joui de toutes les révélations n'est pas encore arrivé, .lai donc lon{;-tenij)s ijjnoré tous les supplices ([ui ont précédé le dernier supplice, devenu enfin une délivrance. Oui,, je savais cette affreuse solitude des prisons; mais pouvais-je soupçonner tout ce (jue le délire du crime inventa pour rendre cette solitude et ce délaissement plus affreux encore? Pouvais-je iniajjiner ces hideux haillons qui couvraient une (grande reine ? C'est la première fois sans doute que la majesté royale et la beauté ont reçu de tels outragées. La mort seule justju'à présent avait eu le privilège de flétrir ainsi les deux plus mcneilleuses idoles du cœur de Thomme. Enfin j'ai su , et je n'ose en renouveler l'odieuse mémoire, oui, j'ai su l'accusation étraufje qui fut portée contre Marie-Antoinette, et finnocent conq^lice que les infâmes voulurent donner à une si monstrueuse accusation. Ah! tous les visages des anges du ciel durent se couvrir de roujjeur. Elle, la fille des Césars, la veuve du juste, comprenant à peine l'inculpation inouïe qui lui étiiit faite, ne put ({u'invocpier le téjiioignage des mères. Elle en avait bien accpiis le droit, cette haute créature qui fut une mère si tciidic, si vigilante, si dévouée; elle (pii de toutes

Page 1