LIVRE I
«site in((uiéte dcpluit aux Dieux : ils veulent que « nous respections leurs secrets. Confions-nous seu- « lemcnt à leur justice; car ils sont justes, même dans « leur sévérité. »
« Sors d'ici , vieillard , me répondit le roi ; va « porter ailleurs, et tes sinistres discours, et tes le- « cpns insolentes. Si je ne respectais le bandeau d'A- " pollon , et les lauriers de Délos , je te ferais saisir « et jeter , avec ta fille , hors des murs sacrés de « Thébes. »
« L'assemblée entière était plongée dans la stupeur : je sors de la salle du festin avec Dapliné ; les députés de Gorinthe m'accompagnent.
« Cependant une calamité horrible, signe trop certain de la colère des Dieux, vient fondre sur le royaume de Laïus. Apollon tend son arc contre les malheureux habitants de Thébes, comme, naguère, contre la famille de l'orgueilleuse NioBé. Le fléau destructeur n'épargne ni le sexe ni l'âge ; la ville est remplie de funérailles. On n'entend par-tout que des cris et des gémissements. On ne rencontre que des convois funèbres ; on ne voit que des sacrifices expiatoires. OEdipe et Jocaste , dans le trouble mortel qui les agite , ne savent à quel Dieu recourir ; ils ont des secrets qu'ils n'osent se confier, et qu'ils voudraient se cacher à eux-mêmes. Le roi ne pouvait bannir de sa mémoire ce vieillard dont il versa le
GG ANTÏGONE.
sançf ; et .locastc pleurait toujours Tenlant qu'elle laissa arracher de son sein maternel
«Au milieu de ces douleurs, au[)mentées par le pressentiment de douleurs plus {grandes encore , Grcon, frère de la malheureuse .locastc, commence à laisser paraître cette ambition farouche que jusqu'alors il avait eu tant de peine à dissimuler. Après la mort funeste de Laïus , il avait connu , un instant, les charmes du pouvoir suprême, et n'avait pu voir, sans un profond chagrin, OJ'Mipc le forcer de descendre presque aussitôt du trône où il était si paisiblement assis. « Quel est cet étranger, disait-il « alors en lui-même , qui vient ainsi régner sur la « race de Cadmus? On ignore jusqu'à son origine, « car enfin il n est pas bien prouvé qu'il soit le fils de « Folybe et de Mérope. Et, s il l'était, comment, sur « la foi d'obscurs oracles, aurait-il quitté la contrée « qu'il devait gouverner un jour, pour venir s'em- « parer d'une couronne qui peut lui être disputée? « Le bel exploit, murmurait-il sans cesse, le bel ex- « ploit qu'une énigme devinée , pour mériter de « ceindre le bandeau royal! >' Cî'est ainsi f[uc Gréon exhalait, dans le secret de son cœur, ses plaintes amères. Mais au moment où il vit OEdi}ie entouré de tant de présages affieiix, et comme précipité du haut de sa gloire, alors lambitieux crut inutile de se contraindre davantage. Il parle hautement de ses