‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 149 sur 184 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

cide. Ils entendirent parler de lui; ils désirèrent le voir; ils allèrent le visiter dans sa demeure. Emus, ainsi que je l'avais été, de tous ses bons sentiments, de l'élévation de ses idées, touchés surtout de ses mortelles angoisses, ils résolurent de le réconcilier avec lui-même, en cherchant à lui démontrer que la religion défend de jamais désespérer de soi. Ils ne craignirent pas de lui rappeler le seul homme de qui il ait été dit : // eût mieux valu pour lui qu'il ne fût pas né. «Le traître Judas, remarquaient-ils, refusa la réconciliation , et n'écouta que le cri du désespoir. Ce n'est point à cause de son crime, et quel crime cependant! ce n'est point à cause de son crime qu'une telle parole a été prononcée sur lui ; c'est parcequ'il avait douté de la clémence de son Dieu. Il jeta dans le temple le prix ignoble de sa trahison, et il garda dans son ame l'odieux sentiment de la trahison elle-même. Il croyait à son Créateur la puissance de lancer les mondes dans l'espace, d'animer d'un rayon d'intelligence une vile poussière, et il ne lui crut pas celle de rendre de nouveau bon ce qui fut bon en sortant de ses mains divines. Ainsi il se précipita de plein gré au-devant du redoutable jugement. » Puis ils ajoutaient : « Le respect que vous avez conservé pour la mémoire du roi vous impose le devoir d'acquiescer au pardon , comme jadis ses ordres

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vous auraient impose le devoir de mourir j>our lui, selon la carrière où vous vous seriez trouvé en{Ta{;é. Toujouis la loi du devoir est inflexible; elle ne se plie ni à nos goûts, ni à nos répugnances. La remise de votre crime vous est assurée, à la seule condition d'accepter ce que nous oserions appeler votre seconde innocence. Votre victime, qui fut votre roi, commande encore du séjour éternel pour les choses où le pouvoir lui fut donné pendant sa vie, comme les volontés d'un père qui n'est plus enchaînent toujours ses enfants. Louis XVI, dans le ciel , n'a pas cessé d'être le ministre du pardon de Dieu. Celle qui fut son épouse sur la terre, celle que nous vîmes environnée de tant d'éclat, celle qui reçut parmi nous toutes les sortes d'hommages (jue jMJUt recevoir une mortelle, celle enfin qui fut précipitée de si haut dans un si profond abyme d'humiliations et de douleurs , la reine a pardonné aussi : le témoignage de son pardon nous a été conservé par un miracle de la Providence; lorsqu'il nous a été révélé pour la première fois, son ame magnanime, depuis long-temps, intercédait, au pied du trône des miséricordes divines, pour cette malheureuse France (juelle aima toujours, pour cette patrie de son choix où elle coiniut toutes les grandeurs et toutes les misères. Cette autre femme, cette vierge des lis; ah! le malheur n'a pu la rendre plus pure.

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