‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 162 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. 4o · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 4o

Nul ne peut imprimer un mouvement rétrOjOfrade aux esprits.

L'auguste élève de Fénélon, qui paraissait destiné à mettre en pratique sur le trône les leçons de son illustre instituteur, mourut d'une mort prématurée, et emporta dans son tombeau l'espérance de la patrie.

Louis XIV disait de Fénélon que c'était un esprit chimérique : en effet, Louis XIV, qui avait tant de sortes de gloire, ne pouvait les concevoir toutes; et il lui était bien permis, dans l'état où était la société , de croire que les idées de Fénélon n'étaient que les rêves d'un homme de bien. D'ailleurs les préjugés, les prestiges du pouvoir absolu, devaient enchaîner cette ame si noble et si grande. Quel prince fut entouré de plus de séductions? Quel souverain fut enivré de plus de louanges méritées? Lorsque le malheur vint, il était trop tard pour qu'il pût donner d'utiles leçons , et tout ce que l'on pouvait exiger d'un prince si heureusement né, c'était qu'il ne fût pas affaissé sous le poids du malheur. Lorsqu'il voulait marcher à la tête de sa noblesse pour s'enterrer avec elle sous les débris de la monarchie , c'est qu'alors la noblesse était la nation elle-même. Les autres classes de la société n'avaient

4oG i;ilOMiVlE SANS NOM.

|)as cucore marché assez avant dans les routes de rémancipation. Noublions pas sur-tout combien ce {;;rand roi déplora ses conquêtes dans les derniers jours de sa vie.

Quoif jue Louis XV n'ait ])as été inutile à la gloire de la nation, quoiqu'il n'ait pas été insensible aux maux du peuple, cependant, bercé par les mœurs si molles de la régence, son ame ne put prendre de ressort: ce n'était point à lui à réaliser les rêves de Fénélon , de cet esprit chimérique.

Louis XVI, le premier, paraissait avoir reçu dans son ame l'inspiration directe de Fénélon (i). Jamais roi ne fut plus que lui dévoré de l'amour de rbumanité. Pour la première fois, ce sentiment descendit du trône pour arriver dans les plus basses classes de la société. On n'a pas assez tenu compte, et ici je ne parle point même des ennemis de Louis XVI, on n'a pas assez tenu compte à ce

(i) On sait que Fénélon, sur la fin du règne de Louis XIV, pensait qut^ le moinfiit était venu d'associer la nation elle-même à l'administration de Cétat.

Voyez, dans l'écrit de M. Boissy-d'An^jlas, cité ri-après, le parallèle des idées de Fénélon et de IM. d..' Malesberbes, au sujet des élals-jjénéranx.

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