DEUXIÈME PARTIE
monarque infortuné de tout ce qu'il a fait et de tout ce qu'il a voulu faire avant la révolution, et des obstacles invincibles contre lesquels il se brisait à chaque instant. Certainement s'il eût été ravi à notre amour en 1787, son régne, qu'on eût regardé comme trop court, eût été placé au nombre des régnes les plus remplis de ces actes qui assurent le bonheur des peuples, en améliorant leur sort. Les pensées mêmes qui n'avaient point reçu d'exécution, auraient tôt ou tard produit leur fruit. Il faut bien le dire, puisqu'on l'a si vite oublié, Louis XVI ne négligea point non plus ce qui ajoute tant à l'éclat et à la prospérité des états, ce qui fait l'orgueil d'une nation. Le commerce, l'agriculture, les colonies, la gloire militaire, la marine, les prisons, les hôpitaux, les grands chemins, tout attirait tour-à-tour, je ne dirai point les regards du prince, mais les regards du père de la patrie. Il y avait, dans toutes les branches de l'administration , ou des créations nouvelles, ou d'utiles réformes. On sentait même dans tout ce qui se faisait alors un esprit de suite qui tendait à un but unique. On sentait je ne sais quelle pensée féconde et bienfaisante qui devait se développer graduellement.
Il était donc réservé à Louis XVI de remplacer le duc de Bourgogne ; mais les temps devenant plus difficiles, il lui aurait fallu une ame d'une
trempe plus forte. (Dieu! est-ce bien moi qui fais un tel reproche à mon roi!) Pour juger avec équité les hommes, pour peser les princes au poids du sanctuaire, il faudrait faire une juste appréciation des obstacles qu'ils ont dû inévitablement rencontrer, soit dans leur propre caractère, et même dans leurs vertus , soit dans tout ce qui les entourait.
Louis XVI s'avançait aussi, bien avant la révolution , vers les idées constitutionnelles. Sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, on sent qu'il n'était point en arrière de son siècle, qu'il partageait la maturité de la première nation du monde, du peuple destiné par la Providence à marcher à la tête de la civilisation européenne. 11 est permis seulement de regretter, ainsi que j'osais l'exprimer tout-à-l'heure, que l'énergie de son caractère ne se soit pas trouvée en harmonie avec la hauteur, peut-être même avec la hardiesse de ses pensées. Souvent, en effet, ou l'a vu reculer devant ses propres conceptions.