‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 173 sur 184 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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sources (l nue imajjination riaiire ou {grotesque; uv crai{;uc/ pas de mettre an |)illa};e les arsenaux des tlw'àties, j)Oiir vous être les uns aux autres un spectacle ridicule; aile/, je ne vous retiens plus.

Me voici resté seul... Sentinelle de la douleur, n'entends-tu rien? Ne vois-tu aucune main cpii écrive sur les murailles ? Ne vois-tu aucun assassin caché dans Tombre? Je ne vois rien, je n entends rien, et cependant je frémis. Cest en nous-mêmes que les présaj^es aj)paraissent; et cet homme donc, cette forme humaine qui se mêle aux ténèbres! n'est-ce rien ([ue cela.'... Quel œil terne, calme, fixe! Dieu! est-ce l'œil d'un homme? Et ce visage sinistre, affreux! est-ce le visa{;e d un homme? Non, je n'ai rien vu réellement. Quel<[ueibis le sentiment cruel des choses nous obsède: alors nous éveillons le monde fantastique des épouvantes et des visions. Si j'étais superstitieux , et que je fusse tout j)rès d'un tombeau, je pourrais croire cpie c'est le tombeau d'un parricide: le réprouvé, soustraite la justice éternelle le temps que dure un éclair, m'aurait, en passant, fflacé diiu souffle de sang et de mort.

Je suis seul... Us sont tous allés se divertir; ils remplissent les spectacles, les lieux dasstînddée; ils s'enivrent d'une musi((ue folâtre. Mille pensées funestes me dominent et m ob.sèdent ; je choisis la plus

funeste de toutes pour la considérer avec effroi. Mon Dieu! prenez pitié d'une pauvre créature qui est seule devant une telle pensée. La voici; et que l'on me dise s'il est possible d'en soutenir la présence !

Ils sont dans la plus parfaite sécurité; ils se livrent à la joie ; ils oublient ce qu'il y a de terrible et d'inattendu dans les destinées humaines. Achéverai-je? Que serait l'annonce d'une grande calamité, d'une calamité immense les surprenant ainsi au milieu du tumulte des plaisirs? Que serait le messager de la mort survenant parmi toutes ces pompes extravagantes , saisissant d'une soudaine terreur ceux qui sont venus pour s'amuser; puis les faisant fuir avec leurs habits d'emprunt, ou seulement à demi dégagés de leurs travestissements? Quel tableau lugubre que celui d'une représentation théâtrale s'achevant au sein de la plus sinistre insouciance, pendant que la plus noble vie finirait de s'éteindre! Voyez cette assemblée nombreuse au moment où le messager de la mort y pénètre ; la tête hideuse du spectre n'est pas aperçue par tous à-lafois : les uns sont déjà saisis du vertige de la douleur; les autres continuent, quelques instants encore, de se livrer à la joie, à la danse, à de frivoles entretiens. Enfin l'affreuse nouvelle est connue de tous avant que chacun ait pu l'apprendre; car il est

cleschosesqui cVabortl ne se disent point à linute voix, parce([n'on vonclrait pouvoir en douter, et cproii craint de les réaliser en les disant; (m nosc pas interropcr, parccqne c'est bien assez de craindre sans être tont-à-lait certiiin. Ces choses se murmurent, et elles se devinent.

Silence! n'éveillons pas le deuil.

•l'ai mal veillé; mauvaise sentinelle, j'ai laisse dormir ma triste consigne. Funestes présages, sombres pressentiments , je ne vous ai point assez écoutés. Un secret effroi dont je ne jxiiivais me rendre compte s était saisi de moi ; maintenant je suis dans la stupeur. Une douleur intime pénètre tous mes sens; il semble que la faculté de vivre va m'abandonner, tant je suis accablé du poids qui m'ojv presse. Quelle clameur sourde et prolongée frappe en moi un autre organe que celui de rouie ! Cette nuit même un Fils de France serait tombé sous le poignard d'un exécrable assassin! Nuit désastreuse, quel avenir nous promets-tu ? et fjui oserait mesurer des yeux un abyme si terrible?

Je suis comme enchaîné à la même place ; je n'ose aller et venir ; j'entends à peine ce que l'on raconte, et je ne perds pas un mot des discours que l'on lient.

Ce n'est qu'un bruit confus, et ce bruit confus, je le saisis tout entier comme un seul cri, comme le râle funèbre de la société expirante. Dieu veuille que ce soit encore une illusion de mes sens ! Mais cette mort admirable pourrait-elle être une illusion? Est-ce ainsi que l'héroïsme pourrait se rêver? Non, non, c'est une cruelle et sublime réalité.

Fallait-il donc que la mort vint nous apprendre encore une fois ce qu'il y a de magnanime et de généreux dans lame de nos rois, dans le sang de nos Bourbons? Justice du ciel, fallait-il que tu nous instruisisses encore une fois ? Un sombre fanatique , l'enfer seul peut produire de tels prodiges ; un sombre fanatique , en plongeant le fer dans le sein de la victime auguste, n'a pu nous prouver que la manière dont nos Bourbons savent mourir. Sans baine, sans vengeance, ils n'atteignent pas seulement au mérite du pardon ; ils ont plus que du courage , car ils sont les véritables chefs des Français. De niveau avec leur antique destinée, ils n'ignorent point qu'ils ne sont pas frappés comme les autres hommes, et que le coup vient de plus haut. Natures privilégiées, laissez-moi vous contempler dans toute votre gloire !

Ecoutons bien tous ces récits, écoutons bien si nous pouvons, afin que l'admiration tempère en quelque sorte l'amertume de nos douleurs. Ces discours sans suite, qui passent de bouche en bouche,

et (|ui se répètent sans èire altérés... Écoutons bien. Qu'aucune circonstance ne nous échappe... C'est le {renie même de la dynastie la plus noble et la plus illustre, (pii emprunte la voix du prince mourant. l'>outons avec une attention toute relijjieuse; tâchons de retenir nos larmes, d'étouffer nos sanjjlots. Ces entretiens parmi le peuple sont des paroles sacrées; ces récits, qui tous se ressemblent, sont des récits du Testament.

Depuis qu il y a des races royales données en spectacle au monde, je ne sais s'il y en a aucune qui ait offert de plus nobles, de plus touchants exemples au sein des fortunes les plus diverses; je ne sais s'il V en a ([ui ait révélé de plus hautes vertus. Voyez comme le malheur les élève! voyez comme la mort les trouve prêts! TiCs couronnes du ciel leur descendent sur la tête lorsque les couronnes de la terre leur échappent; ils rendent dignes toutes les adversités ; ils font la mort sublime. Jamais ils ne sont plus au-dessus de la condition humaine que dans les moments où la condition humaine unit le plus le bandeau de ses misères au bandeau des rois. Un infâme assassin ])cut frapper au hasard et à toute heure, il est sûr de rencontrer le cœur le j)lus ma- (jnanime.

Celui «pii vient dètre fi'appé ne s'est -il pas montré <à-la-fois le petit-liis de suint Louis ci (!<•

Henri [V? A-t-il proféré une seule plainte? a-t-il rien dit de cet avenir qui s évanouissait pour lui , de ces brillantes destinées qui lui étaient ravies à jamais? Cette plénitude de vie, de santé, d'espérances, au milieu de laquelle il a été si inopinément surpris, a-t-elle excité un seul de ses rejjrets? a-t-il été distrait, un seul instant, de ses affections de famille, de ses sentiments pour la France, de la pensée généreuse du pardon? a-t-il été nécessaire de lui rappeler la grande pensée de l'expiation religieuse? a-t-il détourné la tête pour cacher des pleurs timides? a-t-il été faible, désolé? s est-il débattu contre l'horrible certitude de la mort? Au sein de la souffrance, sa parole n'a trahi rien de pusillanime; aucun nuage n'est venu obscurcir la sérénité de son visage décoloré ; les mouvements les plus involontaires ont été sublimes tout naturellement. Ces six heures d'agonie seront ce que la poésie la plus idéale les eût faites , si elle eût su les faire. Tous les mots , tous les sons inarticulés sortis de cette bouche mourante peuvent être recueillis sans choix par l'histoire.

C'est dans ces jours où les divertissements sont les occupations du monde , que la patrie a été frappée de son deuil. Le séjour consacré à toutes les illusions de la scène, à tous les prestiges des arts, a vu mourir la touchante et noble victime. La re-

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lijjioii, invoquée par notre prince, est accourue dans un lieu qu'ont coutume d'éviter ses regards: ses cérémonies augustes et consolantes ont sanctifié cette atmosphère profane; ses paroles de paix, de réconciliation , d'adieu , se sont lait entendre dans le temple même des plaisirs les plus bruyants, les plus fugitifs, les plus dépourvus de toute vérité. Savez- vous quel cortège se pressait autour du Dieu vivant, lorsque le Dieu vivant franchissait le seuil de ces demeures pour venir visiter celui qui voulait mourir entre ses bras?... Voyez cette foule (jui est si loin de soupçonner le malheur affreux dont gémit la patrie. Ils arrivent avec un empressement que leur ignorance fait ressembler à du délire; ils arrivent, demandant à se rtjouir pendant ([ue 1 heure de pleurer est déjà venue pour tcuis; ils sont vêtus d'habits de bal pendant qu'ils devraient aller j)réparer leurs vêtements de deuil... Et, fautil croire à cette affreuse déceptiou de tous les plaisirs, de toutes les vanités de la terre? et, dans cette foule parée pour de telles tètes, (juehpies uns se dérobaient sous le mas(|ue et sous divers travestisseuicnts. Ainsi donc les étranges poujpes des saturnales ont été le triste cortège du Dieu vivaut, lors([uc le ministre du Dieu Ni\aii(a \«>iilu pciiclrcr dans ce lieu devenu le sanctuaire de toutes les vertus et de toutes les calamités.

lia était le petit-fils de Henri IV sur le point de rendre sa grande anie à son Créateur : à côté était l'assassin que l'on venait d'arrêter : à côté encore était une représentation théâtrale qui s'achevait. On pouvait entendre à-la-fois et les paroles sublimes du prince baigné dans son sang, et les sanglots de l'auguste famille , et les prières de la réconciliation , et le bruit des fanfares et des danses.

Dites-moi, car je ne sais si je veille, mes esprits s'égarent; dites-moi, avez-vous vu ce que vous racontez? étiez-vous au milieu de ce tumulte si lamentable? quelqu'un de vous a-t-il vu le prince sur son lit de douleur? avez-vous vu sa royale épouse, pour qui nous célébrions naguère les fêtes de l'hyménée? l'avez-vous vue avec sa robe blanche inondée de sang , égalant par son courage inspiré toutes les rigueurs d'une si cruelle destinée? l'avez-vous vue présentant sa fille à la bénédiction paternelle, sa fille qui , à peine arrivée sur le seuil de la vie, ignorera long -temps encore tout ce qui lui est enlevé? avezvous vu enfin la famille si magnanime et si malheureuse? étiez-vous parmi ces serviteurs gémissants?... Ah! je ne suffis pas à tout entendre; mille choses vont m'échapper... Écoutons encore... Il a recommandé tous ceux qui lui furent chers; il craint que quelques torts de sa jeunesse ne soient pas assez réparés, assez expiés; il se trouble de ce

<|iic son roi n'arrive pas assez tôt; il ne voudrait pas mourir avant d'avoir obtenu de la clémence royale une {^jrace <|u'il ne ju(;e pas au-dessus de la clcnience royale, celle de 1 homme... Même en implorant la prace de cet homme, il s'est abstenu de prononcer un mot qui eût semblé exclure la ffrace... Imitons, en ce moment, la magnanime pudeur du (jénéreux Français, du Prince chrétien.

Eh bien! est-ce assez? 11 souffre d'intolérables douleurs, et il pense à tout.

Il est digne de sa famille; sa tamille est digne de lui : tous sont ce qu'ils doivent être, et ils le sont sans faste; car ce qu'il y a de plus excellent et de plus élevé dans la nature humaine fut toujours leur partage.

Mais lassassin était-il seul? Nul autre poi(;nard ne menace-t-il une autre poitrine? ils vont, ils viennent, occupés seulement de leur douleur, et comme si tout était paisible; ils se livrent s;uis défense. Veillons, veillons sur ce (|ui nous reste du sang de nos rois.

Une scène j)lus touchante (pion ne saurait diic est apparue au milieu de ces scènes tie désolation. IjCS .souvenirs de lexil renlérmaieut des secrets qiu' linatlcndii et riioircur tlun Itl iiioiiuiil ont seuls pu lialiir. Ah! ne profanons pas de tels secrets; ils sont lUncnus le patrimoine sacre de 1 hymen lui

même, Thcritage de la plus vertueuse tendresse. Tout a été sanctifié par la seconde bénédiction paternelle du héros mourant; tout a été sanctifié aussi par la pieuse adoption que l'amour désolé vient d'inspirer à l'admirable épouse, là au pied du lit qui, tout-à-l'heure , sera un lit funèbre. Les deux orphelines innocentes, qui ont été vues tout en larmes et à genoux, ne seront point délaissées.

Nous avions espéré quelques instants. Hélas! l'incertitude cruelle, l'incertitude même a cessé : il n'y a plus d'espérance.

Et cependant une voix a été entendue ; c'est le prince mourant qui fait un dernier effort ; il veut encourager celle dont il ne pourra plus faire la félicité; il veut l'encourager à vivre pour l'enfant qui déjà jouit de la lumière des cieux, et pour l'enfant qu'elle porte dans son sein... Pour l'enfant qu'elle porte dans son sein ! A-t-on bien entendu ? Les faibles sons de cette voix qui s'éteignait ont-ils été bien compris ? Anges protecteurs de la France , accourez tous , et fortifiez cette jeune femme pour qu'elle ne succombe pas à tant de maux. Faites qu'il ne s'éteigne pas sans retour, dans le sang et dans les larmes , le flambeau de cette glorieuse dynastie.

Pourrions-nous raconter tous les détails de cette nuit affreuse? Pourrions-nous les faire sortir en ce

moment de dessous le crêpe funèbre qui les enveloppe? Ce n'est pas dans les heures terribles des premières larmes que Thistoirc peut recueillir ses immortels dcjcuments. Mais lorsque le temps sera venu, elle ne pourra que se réjouir de la sévérité de son ministère, puis([u'il lui sera permis dêtre à son gré la plus belle et la plus touchante des Muses. Elle peindra les lieux, les circonstances, les événements qui ont précédé et qui auront suivi; elle peindra cette résignation (|ui n'était point de rabattement, ce courage |)lein de douceur, (pii ont marqué tous les moments de l'agonie; elle peindra cette sécurité dans la douleur, <pii laissait la famille auguste libre dans tous les soins (ju'elle prodiguait au mourant. Ainsi donc, à présent, nous ne pouvons (|ue gémir et demeurer dans les sanglots. Un jour, et ce jour n'est pas loin peut-être, car maintenant toutes les maturités sont hâtives; un jour l'histoire racontera; un autre jour la poésie fera entendre ses chants. Ceux qui ont vu diront, et la tradition s'en conservera d'âge en âge. Alors seront répétées les paroles de l'heure suprême, les ])laiiites touchantes de la jeune épouse, du noble père, du frère et de la sœur, du chef au{;iiste de la famille, des serviteurs du j)rince; alors lenaidoiit les heures des premières larmes. Daulics conjoiitlurcs amont amène d auties doulenrs; le récit des

anciennes douleurs consolera des calamités nouvelles. Alors riiistoire enseijjnera le courage et la résignation, et la poésie les inspirera. Alors... redoutable avenir, éloigne-toi de notre pensée, n'avons-nous pas assez du présent? l'avenir a des promesses et des menaces : ne voyons que les promesses.

C'en est fait , le cruel mystère est accompli : notre prince repose silencieux sur son lit de douleur. Sa famille éplorée, ses serviteurs dans la consternation restent prosternés aux pieds de celui qui n'est plus. La religion continue et achève ses prières. Le chef vénérable , accouru pour recevoir les derniers adieux, ne veut se retirer qu'après avoir rempli les derniers devoirs ; il vient d'abaisser les paupières immobiles de son neveu sur ses yeux éteints. Tout est fini pour ce monde.

Au milieu des folles joies de la reine des cités est survenu l'ange des royales douleurs, des royales infortunes. Tous les crimes , toutes les calamités de la révolution , se sont relevés de leur funeste tombeau. Le sang le plus précieux, ce sang si peu épargné , le sang des martyrs a coulé de nouveau parmi nous.

Ce matin , lorsque le jour a révélé pour le grand

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nombre le crime de la nuit, chacun s'est senti lra|)j)é dans sa propre Famille; et clia(|ne Famille a dit, comme jadis dans la superbe K{]yj)te : Nous avons perdu Vun de nous; c'est notre preniier-né <[ue le (>laive de la mort a dévoré! Et chacun a dit encore : E^t-ce une nouvelle malédiction sur le peuple? le peuple a-t-il prévariqué? allons-nous subir de nouvelles peines? les jours de la s<irvitude vontils reconunencer? Lui! il a crié (irace! mais la justice ne crie-t-elle point venj^eance? N'est-ce pas le sang des rois qui a été versé? et du sang des rois ne sort-il pas un cri plus puissant, plus terrible vers le ciel?

Le sang d'un obscur assassin suffira-t-il pour payer la rançon du sang illustre (pi'il a versé?

Tous les rois de la terre vont se croire menacés... Ah! ne nous occupons point des rois de la terre, occupons-nous de nous-mêmes.

Ne craignons pas de le remarquer encore une fois : parmi les horreurs de cette nuit désastreuse qui pouvait couvrir encore tant de Forints, la Famille auguste se confiait à notre profonde douleur. Quelqu'un de vous s'en est-il étonné? Oh! qu'elle en soit bénie!

Qui oserait à présent pénétrer dans le palais de

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nos rois? qui oserait s'asseoir, par la pensée, an sein de ces foyers frap[)cs cVunc telle solitude? Contemplez, si vous le pouvez, toutes les infortunes présentes, toutes celles dont le souvenir funèbre vient d'apparaître en même temps...

Ce vieillard de Texil, qui n'arrive des terres étran- {jères que pour fuir de nouveau vers les terres étran- (;ères ; qui se trouve une seconde fois parmi les siens pour fermer les yeux de son neveu , du petit-fils de Henri IV, succombant sous le poignard d'un assassin; il paraît n'avoir d'autre devoir à accomplir que celui de recueillir des cendres profanées, et de creuser un tombeau. Et cependant c'est le roi législateur! Destinées des nations, destinées des rois de la terre , de quelles terreurs vous êtes accompagnées ! Ce n'est donc qu'au milieu du désespoir, du sang, des larmes , que vous vous avancez vers un but voilé jusqu'à la fin!

Contemplez encore, si vous le pouvez...

Cette jeune et tendre veuve qui tout-à-rheure était la plus heureuse des épouses : elle ne vit plus que pour obéir à celui qu'elle aimait uniquement; elle est mère , et Dieu veuille qu'elle soit mère encore ! Vous le savez , ah ! nous avons tant besoin de le croire! vous le savez, un gage d'amour repose dans son sein. Conservez donc vos jours, veuve de notre héros : que ce ne soit pas seulement pour

obéir à celui ([ue vous aimiez; que ce soit aussi pour assurer nos dernières espérances! Un peuple entier vous en conjure.

Et ce père de Tauguste victime! et cette fille de Louis X\T et de Marie- Antoinette! et celui que l'exil lui donna pour époux comme la patrie le lui aurait donné !

Et ce chef vénérable d'une autre race de héros, jadis soutien du trône! Père si niiilheureux, il vient verser de nouvelles larmes avec un père non moins malheureux. Depuis long-temps il est accoutumé à pleurer; car a-t-il pu cesser de pleurer le sang du grand Condé indignement répandu dans les fossés de Vincennes ? Les deux fils de ces deux pères infortunés s'étaient rencontrés dans les camps de la guerre civile; les voilà (pii se rencontrent dans la même mort! Dieu! seraient-ce aussi les dernières gouttes d'un sang glorieux qui viennent d'être versées !

Ainsi le crime tarirait la source du plus noble sang! Non ! juste ciel ! non. Cette princesse ([ui nous fut confiée, cette princesse qui fut élevée aussi parmi les troubles, au sein des poéti(|ues campagnes d'Enna ; cette princesse, petite-fille aussi de notre Henri IV, perpétuera nos esj)érances, et fera Héchir une si exécrable fatalité. Souverain Itégulateur des destinées humaines, vous (|ui connaissez le

secret des races royales et de la durée des empires , vous qui savez par quelle sorte de lien sympathique les rois et les peuples doivent rester intimement unis, vous qui voyez les origines et les suites des choses , Dieu puissant et bon , du haut de votre trône éternel, daignez couvrir de vos regards paternels cette frêle et douce fleur qui n'est pas éclose, et qui peut, si vous le permettez, fleurir encore dans les siècles à venir. Hélas! tant d'amertume s'est déjà mêlée aux espérances de cet hymen , dernier refuge de la dynastie! tant de vœux ont été trompés par cette fécondité incertaine! La mort la rendra-t-elle plus puissante et plus assurée? Et cependant quelle réconciliation se reposerait sur le berceau de cet enfant d'amour et de douleur ! Qui écartera de dessus nos têtes le fardeau des calamités et peut-être des malédictions? O que le moment qui passe est rempli de cruelles angoisses !

La douleur est par-tout; mais la douleur mêlée d'épouvante, qui l'écartera du palais de nos rois? qui l'écartera de ce palais désert et désolé? qui l'écartera de ces têtes illustres menacées j^ar tant de souvenirs déchirants, par tant de pressentiments funestes? qui empêchera mille horribles visions de se presser dans ces demeures où , à des jours affreux , s'amoncelaient la confusion, la terreur, la mort? Serviteurs fidèles, effacez donc ces taches de sang!

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