‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 178 sur 184 · TOME I. 3l · texte numérisé non relu

TOME I. 3l

Être vain et passager, tu tctonnes de la misèie de tes destinées, comme si ton Créateur n avait que la durée de ta courte vie pour les remplir. Tu t'étonnes des triomphes du méchant et des malheurs du bon, comme si TÉternel devait se hâter de saisir un instant fugitif. Dieu a-t-il besoin de compter les jours? voit-il dans l'incertitude se lever chaque aurore? craint-il que, durant les ténèbres de la nuit, le sommeil ne vienne suspendre le travail de sa pensée? son œil mesure-t-il avec inquiétude le terrible sablier des heures?

Dieu était hier, il est aujourd'hui, il sera demain : il punit et il récompense quand il lui plaît , parcequ'il a dans ses mains les trésors de l'éternité. Pourquoi punirait-il aujourd'hui, puisque demain le méchant peut changer? pourquoi récompenserait-il aujourd'hui, puisque demain le juste peut prévariquer? pourquoi enfin le repentir serait-il refusé au méchant, et pourquoi la persévérance serait-elle enlevée au juste?

Encore, homme juste, qu'est ta justice? homme bon, qu'est ta bonté? Tu te plains! Eh! malheureux, apprends donc, par cela même, que tu n'as pas le droit de te plaindre; car si ta bonté et ta justice étaient quelque chose , elles rempliraient ton cœur, elles suffiraient à ton ame. Mais tes murmures accusent ta conscience. Tes vertus ne sont

pas réelles, puisqu'elles te permettent d'apercevoir les fautes de tes semblables; elles ne sont pas pures, puisque tu demandes ton salaire avant de savoir si tu l'as mérité.

Page 1