LIVRE I
(ju il vit la pieuse Anti(;one bai{;iier de larmes les genoux de son malheureux père. Dès ee moment, son cœur conçut un amour qui ne devait plus s'éteindre. ]Na(juère il avait partagé les jeux des enfants dOEdipe; chaque jour Antigone s était embellie sous ses yeux; mille fois il entendit la douce voix de faimable vierge se mêler, dans les chœurs de ses compagnes , aux solennités des Muses; mille fois il admira sa grâce enchanteresse; mille fois il Tavait prise pour l'une de ces jeunes Nymphes à (jui, dans l'antre de Nyssa, fut confiée lenfance de Bacchus : mais, en ce moment, lame de l'héroïne fut révélée au fils de Créon. « Généreuse et tou- « chante fille , dit - il en lui-même, tu seras mon 'épouse, ou je mourrai.» Antigone, à son tour, avait démêlé les secrets sentiments d'Hémon ; et je ne sais quel doux charme s était glissé dans son sein, parmi tant de douleurs.
« Ainsi, au milieu du trouble et de la désolation qui régnaient dans le palais d'OEdipe , deux nobles cœurs s'étaient entendus; les sentiments généreux que développe l'infortune les avaient captivés bien plus fortement que les riantes séductions du plaisir et du bonheur. Hémon connaissait peu ce que la vie offre d'agréable. Elevé loin des cours, son enlance fut confiée à un Centaure, qui lui apprit à braver les rigueurs des saisons , à manier les ar-
mes, à dompter un étalon foiifjueux, à poursuivie le sanglier dans les forets. De bonne heure il lin privé des douces caresses de sa mère ; et son père avait toujours été dura son éfjard. Etonné des choses nouvelles (jui se passaient au -dedans de lui, il se sentait comme renaître à une autre existence.
«Antigone, la pieuse Antijjone , ne suspendait ses consolations envers ses parents infortunés (|ue pour remplir des devoirs religieux. Un jour, les yeux baignés de pleurs, elle offrait des libations aux autels de ses Dieux domestiques. C'est là cju'Hémon la trouva seule pour la j)remière fois. Il veut lui parler, mais les paroles s'évanouissent à mesure ([u'elles se forment sur ses lèvres. Chose étrange pour un homme (jui n'a jamais tremblé devant le danger, de demeurer ainsi sans voix devant une vierge timide! A la fin, les larmes du héros coulent le long de ses joues; Antigone répond par des larmes; et telle fut pour eux la première expression de l'amour. Ils sentent Tun et l'autre la profondeur de leur misère. Mais Ilénion croit que c'est à lui de lutter contre tant de maux réunis: «Antigone, dit-il "à la fille d'OEdipc, vous n'êtes pas seule sur la '< terre. Les Dieux m envoient ])rès de vous; et je •< viens vous offrir un appui. Prenez conHance eu « mon courage; mon bras sera assez fort j)Our nous •' retenir sur le bord de l'abyme. » Ensuite il ajouta