‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 24 sur 184 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

ambitieux des choses qu'il prise au-dessus de la pitié et de la justice. »

«Avait-on besoin, répond Œdipe, de ces dures paroles pour me dépouiller du vain titre de roi? Oui , je consens à descendre d'un trône où je ne suis monté que par un crime affreux! Eli! nai-je pas dit assez que je ne veux conserver de la vie que ce qu'elle a de plus triste et de plus fâcheux? J'irai , oui , j'irai mendier mon pain ; et celui que le bandeau royal poursuivait en quelque sorte n'aura plus de retraite assurée. Qui se croirait obligé de remplir à son égard les saints devoirs de l'hospitalité, lorsqu'il est ainsi repoussé par les siens? Voilà, dira-t-on , voilà cet Œdipe qui régna sur la race vaillante de Cadmus ; et maintenant , vil rebut des humains, il erre comme une ombre de lui-même! Le voilà , celui que les Dieux avaient doué de tant d'intelligence ! Le voilà , cet heureux favori des Muses ! il n'a pas su prévoir ce que le sort lui réservait ! » « Antigone , entourant de ses bras les épaules de son père , et arrosant d'un torrent de larmes la poitrine de ce monarque infortuné, lui disait d'une voix entrecoupée: «Non, vous n'irez pas seul; je « conduirai vos pas; je mendierai avec vous le pain « de la douleur. »

« Eh quoi ! voulez-vous donc , s'écrient Étéocle et ' Polynice , que notre opprobre soit connu par tout

« l'uni vers? Ah ! du moins', épaqjncz-nous cette derif nière honte; craignez de nous rendre la risée de « votre peuple et des autres nations de la Grèce. » Les cruels aussitôt joig nent l'outrage à l'insulte. .

" OEdipe est enfermé dans une tour. Ses fils le dérobent à tous les yeux : ainsi on cache aux hommes ces maladies qui ont reçu le nom de sacrées , parcequ'on les re[;arde comme une marque de la colère des Dieux. Ensuite ils tirent au sort la couronne de Laïus; mais ils jurent auparavant, les perfides! ils jurent de ne régner tour-à-tour que pendant une année. Étrange convention, bien digne, en effet, de cette fatale couronne qui avait ceint le front d'Œdipe! Les Furies, sans doute, reçurent un serment destiné à être violé.

'< Antigone et Isméne veulent partager la captivité de leur père; spectacle plus touchant que je ne puis le dire ! Œdipe, ce roi naguère si favorisé de la fortune, est maintenant réduit à la solitude d'une prison. Tout cet éclat du trône s'est évanoui ; mais il lui reste ses deux nobles filles : elles apprêtent son frugal repas, préparent les modestes vêtements (|ui doivent désormais lui servir, et charment ses ennuis par d'harmonieux concerts.

"Vous le savez, illustre i'riani , il n'est point de repos pour le méchant; une mauvaise action est trop souvent punie par le [)n»jel diine action j)lus

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