LIVRE II
«m accable. Eh bien, ma fille, allons à Corinthc. " Dieux ! que dis-je? un trône m'attendait à Co- «rinthe: mes malheurs ont toujours commencé «parla royauté! Hélas! je ne vous habiterai plus, i< palais de Polybe , où j'ai vu s'écouler si paisible- « ment les premières années de ma jeunesse ! »
"Mon père, dit Antigone avec une voix douce et '< modeste, n'est-il donc pour nous d'hospitalité que « chez les rois? Ne croiront-ils point que vous allez « implorer des secours afin de remonter sur le " trône? "
« Tu as raison , reprit Œdipe ; cachons nos in- (1 fortunes dans la solitude. Le spectacle de la misère « importune toujours les hommes. Ils croient que «les malheureux sont tombés, ou par leur faute, « ou par je ne sais quel effet inconnu de la colère « des Dieux : c'est ainsi qu'ils ne veulent que des «prétextes pour excuser leur dureté. Ma fille, tu « connais une montagne élevée qui sépare la Béotie (( de la Phocide. G est par-là que passent ordinaire- « ment tous ceux qui vont à Delphes ; nous pour- « rons demander un asile à quelque pâtre de cette
« montagne. »
«Mon père, dit Antigone en frémissant, cette « montagne élevée n'est-elle pas le Cythéron? »
«Oui, répond OEdipe, oui, c'est le Cythéron! ' G est là que mes destinées ont commencé ; cest là
<)(i ANTIGONK.
«quelles doivent se terminer! Cest là, ajoule-t-il «avec une voix concentrée, c'est là que mes mains « furieuses se sont baignées dans le sang du grand «Laïus. Qu'il me soit permis, avant de mourir, d'y « faire un sacrifice expiatoire aux mânes de mon «père. Ta présence, ma fille, me sera nécessaire; «ton innocence, plus que mon sacrifice, apaisera « cette ombre irritée. »
<« Antigone gémissait en entendant ces funestes paroles. « Mon père, disait-elle, quel funeste plaisir pre- « nez-vous à nourrir vos ennuis? Je vous conduirai « sur le Cythéron lorsque vous l'exigerez; mais pour- " quoi tant nous hâter d'accomplir un tel devoir? »
« Ma fille, reprit Œdipe, il est toujours trop tard « de réparer ses fautes , de se purifier de ses crimes. «Néanmoins, je le sais, trop souvent j'ai voulu an- « ticiper sur l'avenir. Commençons donc aujour- « d'hui par accueillir le sommeil ; les Dieux l'ont « donné à l'homme pour adoucir ses peines. »
« Ainsi parla OEdipe; et il s'endormit sur les marches du tombeau. Ija pieuse Antigone, assise aux côtés de son père, et les yeux attachés sur le visage du roi, voulut continuer de veiller. Elle prononçait à voix basse des formules consacrées à Diane , et agréables aux Muses. Elle croyait pouvoir écarter ainsi du front de l'infortuné ces pensées confuses de la nuit, (pii produisent les songes effrayants. Aux