‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 27 sur 184 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

« ils sont bien malheureux , puisqu'ils sont coupa- " blés ! »

« Conduis- moi , reprenait OEdipe, auprès du « tombeau d'Amphion et de Zétus : nous y passerons « la nuit; et demain , au lever de l'aurore , nous con- <c tinuerons notre route du côté qu'il plaira aux « Dieux de nous indiquer. »

« Quand ils furent parvenus à ce tombeau révéré, OEdipe, assis sur le seuil, méditait en silence. Anti- {}onc était debout devant son père. « Mon règne est « fini , disait-il , ma vie ne l'est point encore. Et que « sais-je si j'ai bu le plus amer de la coupe? » Ensuite il se mit à chercher dans sa pensée le lieu qu'il devait choisir pour sa retraite. «Ma fille, « ajoutait-il, où porterons-nous nos pasi* De tous les « rois de la Grèce qui naguère recherchaient mon « amitié et mon alliance , lequel voudra se souvenir " de moi? Hélas! que ne m'ont-ils oublié tout-à-fait! « Je me présenterais à eux comme un étranger que «la faveur des Muses n'a pu préserver de l'indi- «gence. Mais, aujourd'hui, il faut que je leur offre « OEdipe précipité du trône, et que je leur ap- « prenne, par mon exemple, à ne pas se confier au « calme trompeur de la fortune. Je leur raconterai « le Sphinx et son énigme , qui est l'histoire tout «entière de l'homme. Ma fille, si nous allions à « Argos? Non, j'y éprouverais des regrets trop amers;

y4 ANTIGONE.

«Adrastc, plus licureux que moi, y coule en pnix «ses longs jours entre ses deux filles, princesses « charmantes, seul fruit d'un hymen tardif: hélas ! « dans les temps de ma prospérité, je pensais qu'une « douhle alliance pourrait unir nos deux familles. «Tels sont les projets des hommes! Ils ressenihlent « à ces toiles lé>}èrement tissucs (pi'un insecte in- « dustrieux tend quelquefois dans nos demeures, et « qu'une esclave vigilante vient détruire aussitôt. «Irons-nous à Phère, la plus belle des villes de la « Thessalie? Là , on connaît tous les devoirs de la « pitié envers les hommes. Adméte fut le compagnon « dllercule, et Apollon lui-même a gardé ses trou- « peaux sur les bords du fleuve Amphrise. Son «épouse, la vertueuse Alceste, lorsqu'elle était en- « core à la (leur de son âge, avait consenti à perdre «la vie pour prolonger les jours de ce héros; ce- « j>endant Alcide se souvint de son ancien ami , et « arracha à la mort cette touchante victime de fa- K mour conjugal. Alceste et Adméte sont vieux niain- « tenant: ah! laissons-les terminer avec calme une «vie qui fut irréprochable! Les états de Thésée « sont près d ici. Lié avec moi par les devoirs de «riiospitalité, sans doute ce prince m'accueillera, «et protégera mon infortune. Mais non, il est en- « vironné de trop de gloire; cet éclat d'une fortune " heureuse me l'erait trop sentir l'humiliation «pii

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