‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 33 sur 184 · LIVRE II. ip · texte numérisé non relu

LIVRE II. ip

reurs: «Ma fille, dit-il à Antigonc, c'est en vain •< que je lutte contre moi-même; je ne puis trouver « de soulagement que là où j'ai commencé à souffrir, « là où je fus coupable pour la première fois. Ma « fille, conduis mes pas sur le Cythéron. »

«Antigone obéit. OEdipe, appuyé sur sa fille, semblait diriger les pas de la vierge timide , tant il était en quelque sorte poussé par l'instinct de sa destinée. Ainsi une cavale de Potnie, dédaignant les gras pâturages qu'arrose l'Asopus, s'élance sur les monts escarpés: elle va au-devant de l'orage; elle sait qu'au sein de la tempête elle respirera le souffle fécond qui doit la rendre mère. Tel était OEdipe s'avançant vers son tombeau mystérieux. »

Ici Tirésias, accablé, s'interrompit un instant. Aussitôt Daphné prend sa lyre accoutumée à charmer les ennuis du vieillard. « Ma fille, lui dit Tiré- «sias, n'articule aucune parole. Fais-nous seule- « ment entendre ces syllabes mélodieuses qui ne « forment aucun mot, mais qui , unies au son de la « lyre, imitent si parfaitement le chant du cygne « près de mourir. >>

«Prêtresse d'Apollon, s'écrie Hélène tout en lar- « mes , ne faites pas entendre le chant du cygne. " Hélas ! vous me rappelleriez trop vivement les « bords de l'Eurotas. I^es accents de l'oiseau mer-

lot, AMIGONE.

" vcilleiix ne inc sont pas inconnus;, ils ravissaient '< autrelois mon anie; je n aurais pas aujouicl hui la " force de supporter de telles émotions. »

Daphné alors accorda sa lyre en souriant, et elle en tira dessous isolés, sans les accompajruer de sa voix.

Quand le calme tut un peu rentré dans lame de Tirésias, le divin vieillard reprit en ces mots:

«Ainsi, après plusieurs jours de marche incertaine, OEdipe et sa pieuse fille parvinrent au pied du Gythéron, Cette montagne est traversée par trois i-outes également fréquentées : Tune conduit aux vi- {}ncs célèbres de la Phocide, et s élève, par une pente insensible, jusquaux deux cimes du Parnasse, qui fendent les nues ; l'autre aboutit à la ville d'Éphyre, <{ue le vertueux Sisyphe bâtit entre deux mers; enfin la troisième descend jusque sur les frontières de lElide, où elle continue de serpenter le long des li ves fraîches et sinueuses de fAlphée. Les deux exilés suivent la seconde route, et s'arrêtent au point où elle est coupée par les deux autres. G est là qu'avait été commis le meurtre de Laïus. « Ah ! malheur à 'moi, s'écrie à l'instant OEdipe, malheur à moi « d'avoir été si long-temps sans m'inquiéter de sa- " voir qui était cet inconnu que j'immolai avec tant «de fureur! ïlélas! je rcveuais de Delphes, où j'é-

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