LIVRE II
(( trouble, si tu n'es pas ven^jce par cet excès d'in- « fortune et de misère où je suis précipité, sois-le « du moins par tout ce que je souffre en cet instant. '« Laisse tomber un regard sur mon Antigone : elle « est innocente , et elle implore mon pardon. Mon «Antigone, viens dans mon sein ; entoure-moi de « tes bras , fille chérie , je me mets sous ta protec- « tion. Alî ! prie pour moi le ciel ! prie le grand « Jupiter ! prie les Muses consolatrices des hommes ! « Terribles Euménides , laissez-moi ! Nulle puis- " sance ne vous est donnée sur la vertu douce et « modeste ; et Antigone m'enveloppe de ses embras- « sements. Je sens ses larmes qui inondent ma poi- « trine. Ses lèvres pressent sur mon front mes che- « veux blanchis avant le temps. »
«Ainsi disait OEdipe. Antigone consolait son père par de douces paroles: mais, lorsqu'enfin il n'a plus que la mortdevant lui, son trouble s'apaise ; et d'une voix pleine de tendresse : «Ma fille, dit-il, « tu vois en moi une victime destinée au sacrifice. « Mon heure suprême est arrivée. Je ne sais com- « ment s'accomplira ce dernier acte de la justice des « Dieuxj mais enfin je vais mourir. Ma fille, coupe « sur mon front une boucle de mes cheveux , et tu « la placeras sur la tombe de l'infortunée à qui tu « dois le jour. Tu feras des libations de lait et de « uiiel sur cette tombe solitaire , qui est restée sans
iio xXNTlGONE.
« honneurs. Ah ! c'est hi première fois qu'une reine, « qu'une épouse, qu'une mère, a été ainsi dé]X)sée « sans pompe, et comme à la dérobée, dans le sein « de la terre. Ma fille rien ne pourra t' empêcher de « renipHr ce pieux devoir: la mort aura tout ])u- « rifié. »
« Après un lon^'j silence , il aj outil : » Je vais mou- «rir! A cet insttint solennel, je sens à-la-fois la «c puissance de la vie et la puissance de la mort. T^a «vie n'a plus rien à m'apprendre; la mort com- « menée à m'instruire. Clarté du jour, tu ne luis « plus à mes yeux; mais une autre clarté luit à mon « intellijifencc. Demeures fortunées, ouvrez- vous M pour recevoir celui qui deux fois fut appelé au « rang suprême; tant son front était fait j>our le ban- « deau royal! ouvrez-vous pour recevoir rhomme « qui con nut toutes les misères! Et toi, Antigone, ««fille courageuse et magnanime, implore de nou- «« veau la clémence des Dieux immortels. Et puis- ««sent mes derniers sentiments et mes dernières <« pensées, en se reposant sur toi, te rendre un objet «< sacré! Mais tu as encore un sei-vice à me rendre. « Pendant que je me purifierai dans la fontaine, va «chercher une brebis noire; je l'immolerai aux u déités infernales. »
<« Antigone, plus légère qu'un chevreuil, s élance dans \i\ vallée, et court {UniKindcr à un pâtre la