‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 37 sur 184 · LIVRE II. ii · texte numérisé non relu

LIVRE II. ii

long voile, tenant cVune main le couteau sacré, et de l'autre la paière pleine du sang de la victime. L'auguste misérable est entouré d'une lumière dont la vierge ne peut soutenir tout l'éclat, et qui s'éteint aussitôt: alors d'épaisses ténèbres lui dérobent la vue de son père ; et du sein de ces ténèbres mystérieuses sort ce dernier cri : « Hélas 1 hélas 1 adieu , «<ma fille!» A l'instant même renaît la clarté du jour. Antigone s'approche en tremblant; mais elle ne trouve que la brebis égorgée : il ne restait plus rien d'OEdipe. Ainsi disparut de la terre le fils de Laïus. Fut-il consumé par la foudre? fut-il englouti dans un abyme? fut-il enlevé vivant dans l'Olympe? Les Dieux se sont réservé ce secret.

«La généreuse fille d'OEdipe, restée seule, partagée entre l'étonnement et la douleur, chercha trois jours entiers le corps de son père, pour lui rendre les honneurs de la sépulture. Les chênes embrasés brûlaient encore. Elle ne foulait qu'avec terreur ce lieu consacré par le jugement des Dieux. A la fin, excédée de fatigue, elle se réfugie dans la modeste demeure d'un vieux pasteur, en attendant qu'elle puisse exécuter les dernières volontés de son père , et se rendre à la cour de Thésée.

« Cependant la renommée commençait à publier la mort du malheureux Œdipe. Mille récits divers circulaient parmi les peuples. Hémon croit qu'An-

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ti(Tonc maintenant ne refusera plus son appui. Il sort (le Thcbes, et va sur le Cythéron pour y découvrir quelque trace des illustres bannis. Il arrive ainsi, conduit par le hasard, devant une cabane ombragée par de vieux chênes. Deux jeunes filles semblables à des Oréades étaient assises à la porte de la cabane, et s'entretenaient à voix basse. L'une d'elles avait un luth qui par intervalles faisait entendre de légers sons pareils au frémissement du zéphyr dans le feuillage d'un arbre; l'autre accompagnait doucement les accords de l'instrument harmonieux : parfois elles s'interrompaient pour s'entretenir. Et alors on eût dit deux ombres heureuses, dans les retraites de l'Elysée, se rappelant les souvenirs de la vie.

« Le fils de Gréon , immobile, n'ose respirer, dans la crainte de troubler le concert et les charmants entretiens. Voici ce que disaient les jeunes filles semblables aux Oréades : «• La belle étrangère goûte .< maintenant les douceurs du repos. Ah! ne trou- .< blons pas le silence qui entoure la demeure où <« dort la belle étrangère. Sans doute depuis long- « temps elle n'a pas joui du repos, car ses larmes « nous ont révélé ses longs chagrins. As-tu re- .< marqué, ma sœur, la noblesse de tousses traits? "Oui, j'ai vu sur son visage l'empreinte d'une u haute origine. Gcpendant elle sest oiTerte à notre

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« père, ou pour carder les troupeaux, ou pour filer « la laine de nos vêtements. Elle semble accoutumée «à l'indigence, mais son ame est fière; elle ne veut « devoir qu'à son travail l'hospitalité qu elle réclame « pour quelques jours seulement. D'où vient-elle? «où veut-elle aller? et pourquoi nous cacher ses «aventures? nous qui sommes si touchées de ses « mystérieuses infortunes ! nous qui aimons tant à « pleurer avec elle ! Peut-être la belle étrangère est « une divinité de l'Olympe; et sa tristesse vient de ce « qu'elle a pris en pitié la misère des destinées hu- « maines. Si ce n'était pas ainsi , comment trouve- « rions-nous tant de charmes auprès d'elle? pour- « quoi sentirions-nous un tel soulagement dans la « communication de ses nobles douleurs? Mais ne « troublons pas le si'ence qui entoure la demeure où « dort la belle étrangère. »

« Hémon pleurait d'admiration. Il ne doutait point que la belle étrangère ne fût Antigone ellemême, la pieuse fille d'OEdipe. Il se rappelait alors le jour terrible où, au milieu des révélations les plus étranges, au milieu des plus grandes calamités, il avait lu pour la première fois dans l'ame de la vierge magnanime. Aussitôt il se montre aux jeunes filles. Elles veulent fuir, mais il leur fait signe de rester. «Ne craignez point, leur dit-il en s'appro- « chant, je connais la belle étrangère, celle qui est

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«venue pour (Miiisoler les hommes, pour pleurer « avec eux. »

«A ce moment paraît Antip,onc, la tcte couverte seulement dun chapeau thessalien. Aussitôt quelle aperçoit Hémon , elle se retire en roufjissant. Le fils de Crëon continnait de répandre des larmes: il 11 eut pas la pensée de suivre la vierge modeste. 11 était dans la même attitude, lorsque le vieux ]iasteur sortit de sa cabane, et, s'approchant du héros , lui dit ces paroles : « Jeune (guerrier, entrez dans ma « demeure, je vous offrirai l'hospitalité; votre sœur «< paraît en proie à une tristesse plus cruelle que la « douleur. Venez la consoler et pleurer avec elle. » Hémon alors suivit le vieux berj^er.

« Antifjone avait repris un visa[je serein; et, saluant le fils de Créon d un sourire plein d'iniKiceiice et de majesté, elle lui parle ainsi : « Noble lïémon , « recevez mes adieux, .l'ai entendu les derniers en- « seignements de mon père; je dois accomplir ses «volontés: il me semble même que, près de lui, « j habite déjà le séjour des ombres heureuses. Déjà '< mon ame semble ne tenir à ceux qu elle a aimés « que par la douce puissance des souvenirs. Retour- « nez dans Tliêbes; dites à Isméiie qu'Antigoiie est « destinée à accomplir les dernières volontés de .son « père. Noble H(*mon, recevez mes adieux. "

«llémou, en croutaiit ces ]>ar<)les, deuuiiic iui-

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