LIVRE III
tique. Le peuple d'Athènes , curieux et amateur des choses nouvelles, se pressait autour de rhéroïne pour savoir qui elle était. «Enfants de Gécrops, « disait Antigone, hommes sages et hospitaliers, in- « diquez-moi le palais de votre roi, »> Tous s'empressent à Tenvi de la conduire. La cour de Thésée était alors dans les larmes. Le vainqueur du Minotaure et des Amazones n'avait pu trouver la paix dans sa maison. 11 expiait en ce moment et le crime d'avoir abandonné Ariane dans l'île de Naxos, et celui d'avoir cru le témoignage de son incestueuse épouse.
« La vierge thébaine se présente avec le rameau des suppliants, et rappelle au roi qu'il fut uni à OEdipe par les liens de l'hospitalité. « Je suis bien « loin d'en avoir perdu le souvenir, dit Thésée ; « avant de partir pour la guerre des Amazones, je « voulus m'assurer la bienveillance des rois mes «voisins. Le vertueux Polybe régnait à Gorinthe, « baignée par deux mers ; Adraste occupait le trône "deSicyone, fertile en oliviers: l'heureux OEdipe, « car alors il était nommé heureux entre les hom- « mes, commandait à la race vaillante de Cadmus. « Mais que sont et la gloire et le bonheur ? Polybe « a cessé de vivre , il n'a point laissé d'enfants , et « vous m'apprenez qu'OEdipe n'est plus sur la terre. « Puissent les Dieux accorder d'heureux jours à
« Aclrasie! Quant à moi, j'ai survécu à ma (gloire. " L inlbriuuc et la lionle m accablent en même " temps. Mais il m'en souvient , fille du (jraiid '« Œdipe, de tous les rois que je visitai , nul ne me " reçut mieux (pie votre illustre père. Neuf jours en- « tiers furent passés dans les festins; et il ne voulut " pas me laisser partir sans de maji^nificpics présents. i< l*rincesse, restez à ma cour. Je ne puis vous offrir « une compagne de votre â{je; je vous confierai aux « tendres soins de ma mère. »
« Anti(],one dépose alors le rameau des suppliants à fautel des Dieux domestiques, et, conduite par des remmes , elle se rend à rappartement de la mère de Thésée. Elledemeura ainsi un an à la cour d'Athènes. Toujours modeste, toujours retirée, on ne la trouvait jamais ni dans les assemblées publiques, ni dans les festins du roi . La princesse de Trézène avait vu plusieurs générations de héros ; elle connaissait toutes les généalogies de la Grèce, et fhistoire de toutes les cours. Mais elle aimait par-dessus tout à raconter les longues infortunes de sa vie , lesclavage où elle avait été réduite, f orgueil des femmes de Sparte , qu'elle avait servies pendant un grand nombre d'années. Elle montrait quelquefois sa tête rasée, en signe de cette condition malheureuse, signe d'opprobre et de douleur <pielle ii avait jamais voulu ni cacher, ni faire disparaitre. u Poiinjuoi
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« roiijoirais-jo? disait Éthra; n est-il pas arrive trop « souvent aux filles des rois de filer la laine pour les «vêtements de Tëtranper, de préparer la coiiclic « d'une maîtresse hautaine , et de partager la nour- « riture des esclaves? Qui ne connaît l'inconstance " de la fortune? » Anti.<jone écoutait avec complaisance les longs récits de la mère de Thésée.
«Cependant Étéocle, après avoir régné durant une année, n'avait point voulu céder la couronne à son frère Polynice. Celui-ci s'était exilé volontairement , et s'était réfugié chez Adraste, dont il avait épousé la fille. Le malheureux héritage d OEdipe allait être disputé le fer à la main. Polynice, irrité de l'injustice de son frère, s'efforce de soulever toute la Grèce contre lui. Argos arme ses soldats et ses alliés contre la ville infortunée de Cadmus. Tous les rois s'agitent pour cette guerre impie. IjCs uns déplorent les malheurs de l'exilé, et les autres s'attachent à la fortune d'Etéocle.
« Ce fut à-peu-près en ce temps que Polynice vint demander des secours à Thésée; mais le roi d'Athènes, effrayé par de sinistres présages, craignit de se mêler dans cette odieuse querelle : alors Polynice voulut du moins engager sa sœur à le suivre. «L'équitable Jupiter, disait-il, donnera sans doute « la victoire à celui des deux frères qui près de lui « gardera la pieuse Antigone. La justice d'ailleurs
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" est de mon côté, puisque je viens réclamer un « droit c[ui m appartient, »
«Polynice, disait Antigone, toi que j'aimais si «tendrement, oh! par les malheurs de notre fa- « mille, je t'en conjure, renonce à cette guerre dé- «testahle, et laisse aux Dieux le soin d'accomplir « toute justice! Peut-être qu'Étéocle, vaincu par ta " modération , se laissera fléchir; et tu régneras à « ton tour. Un trône est-il donc une chose si desi- « rable qu'il faille l'acheter au prix de tant de cri- « mes? Mon frère, les hommes sont habiles à se «déguiser leurs propres sentiments, à donner des « motifs à leurs aveugles passions. Entre dans ton «cœur: c'est moins la justice que 1 ambition qui « arme ton bras. » Telles étaient les paroles d Antigone. Mais fimpaticnt Polynice lui répondait : « Ainsi donc c'est à moi de tout supporter! Quoi ! « le sang malheureux d'où je sors ne me donnera « pas du nioins le triste avantage de partager la «plus sinistre couronne qui fut jamais! Il ne me « restera de ma naissance ((ue la honte et la misère! « Non, j'en jure par les Dieux vengeurs, je ne dé- « poserai point les armes. »
«Mon frère, reprenait Antigone avec douceur, « que t'importe l'opinion des hommes, si tu fais ton «devoir? et ])Ourquoi prendre »à témoin les Dieux « innnortcls?» l'olynice, n'avant pu persuader sa