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la juslicf iliviiie, et iiiéine de la Providence, d après IJacon. L'idée, telle {|U(' j ai voulu la rendre, remonte |us([u'à un livnuic orphique, conservé par Stohée; et elle exclut foruiellenieiit celle dont on a coutume de revêtir le Destin. Une Dissertation de Herder sur Némésis mérite d'être consultée. Lowth compare fort judicieusement, il mon avis, l'histoire d ( )lùlipe avec celle de Joh. Cecrihcpie éminent pensait aussi (|ue le roi de réni{;me, c'est ainsi cpie je l'ai nommé, devait être considéré plutôt comme un type des misères humaines que comme une personnification de l'empire de la fatalité.
Le vers de Vir^jile, tpie j'ai choisi pour épigraphe, exprime avec une élégante énergie ma pensée à cet é{jard : « Il est des choses qui semhlent contenir elles- « mêmes des larmes, et les peintures de la condition '< mortelle peuvent seules toucher notre ame. »
M. Malie-Drun, dans la Quotidienne, reproche à la scène du Sphinx une teinte trop mystérieuse. ^lais cpie peut-il y avoir de plus mystérieux que 1 énigme générale de Ihumanité? La convenance d'une telle couleur, dans cet endroit, a été fort bien exprimée par M. Nodier. La même convenance existait ])Our la peinture de la mort d (Jl'Alipe sur le Cythéron , et pour les circonstances de cette horrible guerre de Thêbes , qui finit par le duel tout /"rt/rt/ des deux frères. M. Brifaut l'a remarqué, dans /a (lazetlc (le France , il fallait bien que là tout fut empreini du caractère de ranathèmc; comuie, dans les funérailles d Antigone et d'iiémon , lann; dcxail rcconnaiire I apaisement de la colère céleste par la vertu de r(\|)iation. (jetait pour la première fois, sans doute, ipi une cérémonie hinébre ressemblait à une cérémonie nuptiale.
M. Malte-Brun a regretté que je n'eusse pas employé jilusieurs pensées et l'expression de plusieurs sentiments (pii se trouvent dans les tragiques grecs. J'ai pris mon sujet dans les temps anciens, et je l'ai transporté tout entier au sein des croyances modernes; je me le suis donc approprié, en le changeant de sphère, en lui faisant subir une sorte de palingénésie. Ce christianisme en puissance, qui est venu animer ainsi la composition, et qui a été signalé par M. Nodier, imposait le devoir d'une unité supérieure à celle dont M. Malte-Brun eût voulu me faire porter le joug.
M. Nodier aussi a noté les différences principales de ma fable avec les traditions. Ces différences sont grandes en effet, car toutes les scènes sont changées, et prises dans le même sentiment poétique plutôt que dans la même poésie. On pourrait dire, en effet, que j'ai puisé non point précisément dans les tragiques grecs, mais aux mêmes sources qu eux. J'avais eu d'abord la pensée de faire une imitation de la Bible , ou , au moins d'Homère, afin d'aller directement à la recherche de l'inspiration épique. Remarquez bien que, dans la composition nouvelle, Antigone ne meurt pas de fairn, que sa mort est sans angoisses , qu'elle a pu voir encore une fois Hémon avant d'expirer, et qu'Hémon ne termine pas sa vie par le suicide ; si je suivais les changements apportés par moi aux traditions consacrées , il me serait peut-être facile d'établir que je leur ai rendu leur simplicité primitive, en les dépouillant de tout ce qu'y avait successivement introduit le génie dramatique.
M. Géraud, qui , dans un journal de Bordeaux, a fort approuvé ces dernières peintures , n'a point donné son
assentiment aux interruptions du récit |iar les diani.-. de Daphné. Quant à moi, j'ai cru que je pouvais diriger ainsi les impressions de mes lecteurs, comme les cho'urs des tragiques grecs étaient destinés à diriger les impressions des spectateurs. H n'y avait, de ])lus, qu'une telle forme de récit, et une telle manière de le couj)er, (jui pût jeter le lecteur au milieu même de toute cette apparition de ranliquité. SH en résulte quelque monotonie, il en résulte aussi un effet plus continu et plus général. M. Nodier a vivement senti cet avantage. C'était le moyen d'échapper aux circonstances connues. Je j)ouvais supposer mes lecteurs aussi bien instruits que les princes de la cour dePriam, des faits antérieurs à l'action. Ainsi le cadre mie fois admis, il en résultait nécessairement ce choix de détails (jue le Constitutionnel a cru devoir louer, et cette perspective dans laquelle, selon M. Nodier, j'avais su heureusement me placer.
Les poétiques établissent assez généralement cpiil faut éviter une perfection désespérante, dans le héros d'une épopée. M. Nodier pense, avec la plupart des critiques, (pie Ton ne peut s'v intéresser assez qu'autant «pi'il se rapj)r<)ch<! de nous par d<'s faiblesses. Je crois cpie finvraiseiublance serait bien plutôt linconvcnient d'un idéal trop complètement parfait. Mais il s'agissait ici de toute autre chose que d'un objet d'art. Au reste, est-ce ])ar tme sort(^ de condescendance (|ue |'ai quel{|uetois attribue à la suj)pliante tlu Cvlbcron de légcis retours sui- elle-même? est-ce la raison cachée de cette solennelle consécration d'Antigone par OMdipc, «pii, dès le second livre, en fait une créature sé|)arc(; des autres? l'ar-là, l'idéal le plus parfait devient la nature même.
PRT^FAGE. 45
J'ignore le nom du critique par qui j'ai été si bien traité dans le Constitutionnel , et f|ui a répondu avec une si parfaite justesse à l'objection du sujet trop connu. Il est à remartjuer que, chez les anciens , tous les maîtres de doctrines littéraires et poétiques depuis Aristote jusqu'à Horace, ont, au contraire, fait un précepte formel de ce qui avait été une objection pour ceux à qui le Constitutionnel répondait. Avouons cependant que nous n'avons pas ces cycles épiques où les tragiques grecs puisèrent à pleine main. Toutefois je pense qu'un sujet est toujours nouveau lorsque l'auteur entre dans le sens intime et profond. J'irais plus loin , et j'oserais dire qu'un sujet est comme la toile pour le peintre. C'est du moins ce qui m'est arrivé ici, puisque j'ai cherché l'inspiration épique et l'inspiration chrétienne là où était le génie tragique , là où dominait la fatalité.
Mais quoique je sois remonté jusqu'à la sphère épique, j'ai cru que je ne devais pas me renfermer dans les théories de l'épopée de convention : ce que je voulais sur-tout éviter c'était de donner lieu à ces discussions sur ce qu'on appelle prose poétique; je n'y ai pourtant pas échappé. La question, au reste , sera traitée ailleurs. J'ai supprimé , pour la même raison, plusieurs morceaux qui avaient le double inconvénient de faire longueur, et de trop marquer la forme que je desirais éloigner de la pensée: une description de bouclier, où se trouvait représenté l'ancien Péloponèse avec la ceinture des différentes mers dont il est entouré ; un dénoiubrement , et les emblèmes et devises des chefs , choses qui m'étaient indiquées par les tragiques , et qui appartenaient peut-être déjà aux Thébaïdes épiques primitives. En général , je me suis abstenu de toute imitation.
.\G PRl^FACE.
T>'autcur d un rapport fait an sein de racadémic de Kînu'S approuve, ainsi cuie M. Nodier, le j)lan adopté par moi. Le savant académicien a, en quelijue sorte , surpris mon secret, lorsqu'il a comparé les chants de Daphné aux chœurs îles trajjédics {jrecques. Mais j)eut-ctre, s'il eût voulu examiner de plus près 1 économie de ce plan, aurait-il aperçu fpie les interruptions du récit ne sont pas simplement des artifices de la composition , qu'elles servent aussi h compléter l'effet général.
Le savant académicien pense que j'aurais pu tirer un meilleur jiarti de la trilogie de Sophocle , et , en cela , il se trf)uve d'accord avec M. Malte-Brun ; j'ai df^a répondu à cette ohservation. Il en est de même de la couleur fantastique, reprochée également par l'un et par l'autre à certaines parties de l'ouvrage , et je répondrai par les mêmes raisons de convenance.
Le Dante avait emprunté à Stace cette terrible pein- * ture d'I'golin, et Stace l'avait lui-même empruntée à Silius Italiens. Je devais conserver à la mort de Tydée les couleurs que lui donna ranti(]uité ; toutefois je les ai fort adoucies. J'ai obéi à des convenances de différents genres dans tous les autres épisodes de la guerre maudite.
Tirésias, dans ï Jnligonc , est loin de jouer le rôle que depuis je lui ai fait jouer dans \Oi-phée. Je n'ignorais point (jue Tirésias, fondateur d'un culte, aurait pu me servir n pénc'trer dans le S(?ns tics allé{;<)ries de l'antiquité , à montrer la source des sentiments sociaux et des sentiments religieux, peut-être à exposer la théogonie et la cosmo{;onie de ces temps reculés; mais je crois (pic j'nuniis ôlé ;'i celte composition , si j'ose le dire.
!o charme de Tunité. Il ne fallait pas disperser l'intérêt ; et je voulais me borner à peindre \îi piéie (loniesfi<irie , selon 1 heureuse expression du savant académicien de Nîmes. D'ailleurs c'est bien plus tard que j'ai conçu l'épopée générale par où je devais un jour entrer dans une nouvelle carrière histoi'ique.
Je crois inutile de m'arrêter davantage. Je sais que la présente publication se terminera par deux volumes de notes. Ainsi les questions qui tiennent à tout l'ensemble , et qui pourtant s'appliquent plus directement à chaque composition , trouveront là leur véritable place.
On vient de voir que le personnage de Tirésias sera complété dans Y Orphée. L'énigme du mont Phicéus deviendra d'abord l'énigme des enfants de Bélus , puis l'énigme duCapitole. Dès-lors je ne pouvais m'occuper qu'à la fin de tous ces symboles successifs. Il en est de même de ce Destin qui devait passer par tant de transformations avant de devenir une loi générale de l'humanité, avant d'être la Providence gouvernant le monde dans l'accord de la prescience divii# et de la liberté des êtres intelhgents.