LIVRE III. i
« terrible tableau que j'ai à présenter de la haine « implacable de deux autres frères. »
Daphné obéit à son père. Elle prend sa lyre, et chante l'heureuse destinée de Castor et de PoUux , héros de l'âge précédent, devenus célèbres par leur amitié fraternelle. Ils étaient nés le même jour, et de la même mère; mais l'un tirait son origine du grand Jupiter; l'autre était fils de Tyndare, roi de Sparte. Castor se plaisait à dompter les chevaux; Pollux était invincible aux combats du ceste. Jamais les deux frères ne se quittèrent un seul instant. Ils montèrent ensemble le navire Argo; ensemble ils bravèrent les tempêtes du Pont-Euxin et les écueils des roches Cyanées. Toujours ils combattirent ensemble. Ils coururent les mêmes dangers, et se couvrirent de la même gloire. Le même trépas vint trancher, avant le temps, des jours qu'ils s'étaient mutuellement consacrés; et les vierges de la Laconie menèrent un grand deuil autour du tombeau qui rassembla leurs cendres. Ils étaient descendus dans les royaumes sombres, pour ainsi dire, en se donnant la main ; mais ceux qui avaient été si unis pendant la vie devaient être séparés par la mort, par la mort, qui d'ordinaire réunit tous les hommes. Castor seul liit introduit dans les demeures fortunées des Immortels; Pollux devait continuer d'habiter le séjour des ombres. Hélas! il trouvait bien
i5o ANTIGONE.
encore en ces lieux 1 image des jeux et des combats qui avaient fait ses délices pendant qu'il jouissait de la douce lumière du jour; mais il n'y trouvait plus le frère qui partagea toutes ses peines et tous ses plaisirs. De son côté, Castor se nourrissait sans aucun goût du nectar et de l'ambroisie que lui servait Ilébé, Déesse de la jeunesse. Il passait les longs jours de l'Olympe à regretter son frère; fimmortalité même ne pouvait le dédommager de ce qu'il avait perdu. Les Dieux, touchés d'une amitié plus forte que la mort elle-même, décidèrent (jue les deux frères , sous le nom de Dioscures , occuperaient tour-à-tour une place dans le ciel, et deviendraient une constellation favorable aux nautoniers.
C'est en retraçant de tels souvenirs que Daphné charmait les ennuis de son père dans les palais de Priam; elle peignait sur-tout avec une douceur infinie la première entrevue des fils de Léda dans les plaines azurées du ciel. Hélène jilcurait au souvenir de ses frères; et toute la famille de Priam pleurait avec la sœur de Castor et de Pollux.
FIN i)( iiviu-: THOisii:?»!!:.