LIVRE QUATRIÈME
Le soleil venait à peine cVcclairer les sommets de llda, lorsque la famille de Priam se réunit dans Fappartement des étrangers. Le roi se place auprès de son hôte, pendant qu Hécube et ses nobles filles se rassemblaient autour de la charmante prêtresse d'Apollon; les fils et les gendres de Priam étaient déjà répandus dans la salle: tous attendaient avec impatience la suite du récit. Tirésias continua en ces mots :
«Antigone ne demeure pas long-temps auprès d'Argieet deDéiphile; elle se dérobe à leurs embrassements; et, sans attendre au lendemain, se retire hors de la ville auprès de Pirithous. Elle avait entendu le cri de la guerre; et, n ignorant point la trahison de son frère Étéocle, elle s'éloigne d'x\rgos, dans la crainte que sa présence n'irrite le courroux des guerriers, et n'ajoute encore à la tristesse du vénérable Adraste. Ainsi elle s'était enfuie secrètement, comme l'épouse infidèle qui s'échappe de la demeure de son époux , ou comme la vierge
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en proie à un amour coupable, et qui se décide, après mille incertitudes, à franchir le seuil de la maison paternelle. La malheureuse fdle dOùlipc sentait une sorte de honte pour le nouveau crinu' dont Étéocle venait de se souiller.
« Dès rpie la nuit est descendue sur la terre, et a cnvclo))j)é dans ses sombres voiles tous les enfants des hommes, les innocents et les coupables, la vierffc du Cythéron se retire en silence, et veille seule au- ])rès d'une lampe. Elle tenait toujours à la main le rameau des suppliants, lui demandant avec larmes ((uclquc protection et quelque appui. Faible ressource contre le malheur! Quelle confiance pouvait-elle avoir en ce sif|ne vénéré, lorscjue son frère venait d outrager la branche d olivier? Ah! sans doute la pensée de cet outrage lui inspirait sa douce prière. Le vent qui mugissait sur les sommets du mont Larisse produisait des sons tout semblables a des gémissements prolongés; et l'orfraie taisait retentir sur les toits ses plaintes menac^antes.
« Lorsque enfin le soleil fut venu chasser les ombres, Antigone sortit de son asile, accompagnée de Pirithoiis et des guerriers d'Athènes, «.le suis heu- " reux, lui disait l'illustre compagnon de Thésée, je " suis heureux, ô fille du grand Œdipe! de poiivoir ' être encore utile sur la terre. Le peu de jours <pii '< me restent à vivi'c ne sont ])as entièrciucnr per-