‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 54 sur 184 · LIVRE IV. i · texte numérisé non relu

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« dus, puisque je protê{;e votre pieux voyafje. Jadis, « liclas! je n'aurais pas été destiné à de si pacifiques « emplois. Les temps ne sont plus où je soutenais " de terribles combats contre les Centaures qui vou- « laient me ravir la belle Hippodamie; les temps « ne sont plus où, dans ma téméraire audace, je " ne craignais pas de descendre jusque dans l'cm- « pire des morts. Je fus frappé d'immobilité par le « Dieu des Enfers, que j'avais justement irrité. Trois « fois Hécate vint visiter les royaumes sombres, trois <• fois elle remonta sur la terre et dans les cieux « pendant que je demeurai ainsi , comme une froide « statue créée par le ciseau d'un sculpteur babile. « Thésée, mon ami, dont je partageais tous les tra- « vaux et tous les dangers, Thésée était resté dans la « même attitude que moi. Mais le héros de Thébes, " Hercule, vint nous délivrer fun et fautre. Je me « plaisais alors dans les entreprises les plus péril- « leuses. Aujourd'hui fâge a glacé mon sang dans «mes veines; mes armes commencent à me peser. i< Ainsi le noble coursier des héros, qui s'est trouvé «avec eux parmi les hasards de cent combats, est « relégué, aux jours de sa vieillesse, dans les étables « de la métairie : là , au lieu de l'orge blanche et de n l'avoine dorée que naguère l'épouse elle-même, ou '< la fille d'un guerrier illustre , ne dédaignait pas " de lui présenter, il mange tristement l'herbe se-

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« clice dont un esclave peu soi{jneux fournit avec « éparp,ne sa crèche obscure. Il songe encore, non « sans <[uelque plaisir, aux périls et à la gloire; mais >< son œil ne lance j)lus des flammes , la terreur « n'entoure plus son cou nerveux : s il entend rc- « tcntir au loin lairain sonore, trompé par son ani« cienne ardeur, il soulève avec peine sa tête pc- « saute, et il agite en vain sa flottante crinière. »

"Roi des La])itlies, dit Antigone avec douceur, u la vie des hommes est changeante, cpioiquc de si u peu de durée. Les Dieux ont donné à tous les âges «un genre différent de .gloire. Si le jeuuc guerrier " brille dans les combats terribles, le sage vieillard « dirige les opinions dans les conseils, soit qu'il sa- « gisse de gouverner les jieuplcs pendant la paix, " ou de conduire à la victoire une armée nom- .< breuse. La force elle-même cède à la prudence. uMais, reprit Antigone, j'aperçois la forêt de Né- « mée. Ëcoutez-moi, Pirithoiis, vous savez quen u ces lieux le prince de Galydon est tombé dans une 'embuscade, 'iydée, dont le courage est invin- '< cible, a immolé à sa juste fureur tous les soldats " d'Étéocle. Je ne veux point excuser la trahison de « mon frère; mais les guerriers de Thèbes n'ont fait M ((u obéir aux ordres de leur roi; et cependant ils '< vont ètie la proie des loups sauvages et des oi- " seaux du ciel. Prince, dirigeons nos j)as du côté

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«de la foret, sur les bords derinaclms, entre les « terres d'Ar^os et celles de Némée. "

" Oui , je vous obéirai, dit Piritlioiis; c'est un de- " voir sacre de donner la sépulture aux morts. »

« Ilélas! disait encore Antigonc, que de maux se « préparent! Digne commencement de cette guerre « malheureuse! »

« Tels étaient les entretiens d'Antigone et de Piritlioiis. Vers la chute tUi jour, ils entendirent des coups de hache qui retentissaient dans les profondeurs de la forêt. Bientôt des chants funèbres vinrent frapper leurs oreilles. «Sans doute, se dirent- « ils, la contrée où nous sommes est pleine de piété « envers les morts ; et les habitants de ce pays sau- « vage sont occupés du triste devoir que nous « allions remplir. Empressons-nous de les aider à « construire le bûcher des funérailles. »

« Ils ne tardèrent pas, en effet, d'arriver sur une des hauteurs qui dominent le vallon, où Tydée fit payer si cher aux soldats thébains le crime de leur roi. Ils virent alors, spectacle lamentable! ils virent des femmes, des enfants, des vieillards, arroser de leurs larmes des cadavres défigurés, couverts de sang et de poussière. Cette faible troupe lavait avec soin les blessures profondes, et cherchait sur ces corps inanimés quel([ues restes de vie. Antigone reconnut le vêtement thébain; car ce n'étaient point

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les habitants de la contrée, mais les j)ères, U's éponscs, les enfants, les mères des {Guerriers morts, ((ui venaient rendre les derniers honneurs à ces victimes de la perfidie. La jiicusc fille d'Œdipc descend de la colline avec Pirithoiis, pour se joindre à ces familles désolées, et les soldats du vieillard se répandent dans la forêt. ïïémon, à la tête de qnelfjucs Thébains, avait di;ja fait tomber un grand nombre de vieux ormes et de chênes robustes. Il éprouve une douce joie en voyant les nouveaux guerriers qui s'avancent : « Amis, leur dit-il, je vous « reconnais , vous êtes Athéniens ; c'est vous qui « avez accompagné Antigonc dans ses courses pé- « nibles : Pirithoiis, le compagnon de Thésée, est « votre chef. Hâtons-nous d'abattre les arbres de la u forêt, car le nombre des morts est grand. Ilélas! " le deuil qui nous accable est dû à la faute de notre u roi; voilà pourquoi nous sommes en si petit nom- « bre. Il a fallu nous dérober, à l'insu dl^^téocle, «pour accomjiagner ces femmes, ces enfants, ces '< vieillards, fjue vous avez vus dans le vallon. Géné- " reux Athéniens, que Jupiter vous protège dans « toutes vos entreprises ! «

« Cependant les habitants de la Sicyonie étaient un peuple voué aux plus affreux brigandages : ils avaient convoité la riche dépouille des morts; et, (ravcrsant av(!c précipitation le tei litoiredc ISénic^,

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ils s'étaient furtivement introduits dans le vallon , par un chemin détourné qui leur était connu. Ils croient n'avoir rien à craindre de ces femmes, de ces vieillards livrés tout entiers à la douleur, et ils se jettent à l'improvistc sur les riches baudriers, sur les casques étincelants, sur les fortes cuirasses. MaisPirithoiis, comptant plus sur son courage que sur ses forces, s'élance en criant d'une voix terrible: «Brigands, vous ne savez imiter que les ex- « ploits des loups et des vautours : il ne s'agit plus «de dépouiller impunément des cadavres, de vio- «1er la religion des tombeaux; votre impiété vous " coûtera la vie. " Il dit, et se précipite au milieu d'eux.

« Leur chef , homme fort et robuste, et dans la fleur de la jeunesse, accourt au-devant du roi des Lapithes, et le renverse du premier choc. Tel est un vieux taureau qui fut le roi de la bergerie : naguère sa corne menaçante défiait ses rivaux jaloux; maintenant il est inhabile aux combats comme à l'amour. Si un loup ravissant pénétre dans le parc où reposent en paix les blanches génisses et les innocentes brebis , le taureau , cassé de vieillesse , ne peut plus les défendre. Le souvenir de son ancienne gloire lui donne un instant de vigueur; il s'avance avec courage contre un ennemi que jadis il eût immolé avec dédain; mais aujourd liui il succombe

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dans un ij^noble combat. Le loup sattaclie à la (jor({c (lu roi de la bergerie, déchire de cruelles morsures son l'a non flottant, le (errasse, et exerce ensuite avec sécurité ses hideux ravages. Ainsi Pirithotis fait de vains efforts: il ne peut seul résister aux nondjreux assaillants qui rentourcnt ; et la mort est près d c'nveloj)per de ses ailes ce généreux vieillard, noble victime de Ihospitalité. Il ne protégera plus la troupe timide des veuves et des orphelins, qui font retentir lair de leurs lugubres clameurs. Mais Hémon a entendu le bruit des armes, et les cris des femmes et des enfants. Il se précipite dans le vallon avec la rapidité de féclair. Ses Thébains et les Athéniens sont accourus en même temps des différents points de la forêt. Le fds de Créon les précède tous. Il arrive assez tôt pour sauver Pirithoûs : seul il dissipe cette troupe lâche et féroce, comme un vent impétueux chasse devant lui des tourbillons de poussière, comme une froide rafale d'automne enlève les feuilles sèches des arbres.

« Prince de Thèbes, lui ditPirithoiis, vous venez «de sauver la vie à un chef vaillant; car je ne laisi< serai pas un nom obscur après moi. .1 ai vécu avec « les héros d'un autre âge, et je n'étais ])as indigne ' d'eux; je marchais leur égal. iSéanmoins, si vous ' n'aviez fait que me sauver la vie, votre victoire

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