LIVRE IV
«dégage lentement du sein des nuages. Antigone, «la clarté du jour vous est rendue, et le calme « renaît; ouvrez votre cœur à l'espérance. »
« Antigone n'entendait point ce que lui disait le fils de Gréon , tant son ame était en proie à de lugubres pensées. Dans son anxiété, elle croyait être arrivée à son heure dernière ; elle voyait sans peine s échapper son innocente vie, car elle croyait n'être plus utile aux siens. «Hénion, disait-elle « avec amertume, je recommande à vos soins ma « sœur Ismène. Pour moi, je sens que le terme est « arrivé : sans doute , tout est fini pour la fille d'OE- « dipe; prince, croyez-en les pressentiments qui re- « posent au-dedans de moi. Oui, maintenant j'ai « épuisé toute la destinée qui m'était promise par « mon père. »
« Elle parlait ainsi , mais le son de sa voix n'exprimait point le sentiment de l'avenir: c'étaient la terreur, les mortelles souffrances de lame, qui lui inspiraient de tels discours. Hémon, comprenant bien qu'Antigone se trompait elle-même, en ressentit quelque joie. «Vierge sublime, dit-il, les «Dieux vous ont comblée de mille faveurs; mais « ils ne vous ont point donné de connaître les «choses futures. Antigone, ceux d'entre les mor- « tels qui sont tout entiers à leurs affections, qui « sont faits pour tous les dévouements , ne su-
« rent jamais soulever le voile jeté sur les destinées «humaines: le fils de Saturne n'a pas voulu les «épouvanter; il a cru qu'ils avaient assez des dou- « leurs de chaque jour. Ainsi, vos paroles, je ne les «prends point pour les paroles prophétiques (|iii «errent quelquefois sur la bouche d'un mourant. "Vivez, Antigone, vivez, vierge aimée des Dieux; " ne vous laissez point aller à ce délaissement de «soi-même, à ce déplaisir de la vie, à ce goût des « mystères de la mort; relevez votre courage abattu. « Il vous reste peut-être encore des sacrifices à ac- « complir. »
« Cependant Tobscurité s'était dissipée, l'orage ne grondait plus que dans le lointain, des nuages dOr et de pourpre flottaient à Ihorizon , les fleurs de la montagne exhalaient tous leurs parfums.
«Alors un aimable .sourire vint se placer sur les lèvres de la vierge innocente : une joie mélancolique animait son re{;ard, qui s'arrêtait avec ui\ charme inexprimable sur le fils de Créon; et île douces larmes séchajipaicnt de ses yeux. Elle sassied sur la pointe d'un rocher; Ilénion demeure un instant debout devant elle, puis il se place à ses côtés. IjC prince n'osait ni se taire ni parler. Met lie en quehjue sorte dans lintérieur de sou auie, il pensait »à léducation sauvage qu'il avait reçue, au caractère inflexible et ambitieux de son père; il