‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 65 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Le vieillard thébain, resté seul avec Daphné, lui disait: « J aurais mieux fait, ma fille, de ne « point céder aux prières du roi. Mes récits renou- « vellcnt toutes mes douleurs, et font naître en moi " mille pressentiments pour l'avenir. Je ne puis me « trouver, sans une tristesse profonde, au milieu de « cette famille florissante de Priam. Elle, qui prend , " hélas! un intérêt si vif aux malheurs de Thébes, « ignore tout-à-fait à quels maux elle est réservée « elle-même. Je suis affligé de cette prospérité qui « va finir. La malheureuse Gassandre déjà laisse « échapper quelques paroles prophétiques qui ne « seront que trop tôt expliquées. Hier encore , n as- " tu pas entendu, ma fille, comme elle chantait je 'i ne sais quelles prédictions du vieux Nérée , pasif teur des troupeaux de Neptune? Le bruit des « chars, le cliquetis des armes, les cris des mourants, >« un grand empire détruit, des guerriers égorgés, "des femmes traînées en esclavage, voilà ce que " disaient les chants de Gassandre. Ma fille, as-tu '«remarqué qu'à tous ces tableaux confus ellejoi-

iS8 ANTIGONE.

■ j^nait, au hasard, les noms des enfants de la '< Grèce? Mes discoiiisrje n'en puis pas douter, sont « pour quel<jue chose dans ces inquiétudes nior- X telles de la belle Cassandre. Jusqu'à présent, du " moins, j'ai pu nie réfuj^ier en quelque sorte dans "le souvenir d'Antigone, de cette vierjye mafjna- '< nime qui fut ta compafjne; mais demain , je n au- '( rai à entretenir mes nobles hôtes que de {juerres " et de batailles. Ne dois-je pas, en effet, rappeler '< les principales circonstances du siège de Thèbes, « et du combat des deux fils d'OEdipe? »

"Mon père, répondait la prêtresse d'Apollon, je '< sens votre peine ; néanmoins je vous conseille de « ne point interrompre votre récit : seulement évitez " les détails, ne faites point le dénombrement des '< guerriers, ne dites que ce qui est nécessaire pour '< faire comprendre la suite de cette histoire fu- " neste ; et, pour ne pas prolonger vos ennuis, })()ui' " éviter de la fatigue à nos hôtes illustres, hâtez- «' vous d'arriver à la dernière journée de cette guerre i< impie. »

Tirésias se rendit aux conseils de Daphné ; et le lendemain, dès <pie la lamille de Priam fut réunie, le divin vieillard continua en ces mots :

« Antigone était rentrée dans la ville tie Cadiiuis, accompagnée diléjuon cl des jjuerriers thébains.

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