‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 69 sur 184 · TOME I. l · texte numérisé non relu

TOME I. l

« sein. » A ces mots, il attelle lui-même ses nobles coursiers à son char, sur lequel il |)lace les victimes qu'il vient d'égorger; et, incertiiin du parti quil va prendre, il s'y place lui-même. Il s'avance vers la porte Ilomoloide, et fait le tour des murailles de la ville ; ses coursiers marchaient lentement. Ainsi , le cœur rempli d'angoisses, et livré tout entier aux plus noires pensées, Amphiaraiis semblait se laisser conduire au hasard ; les rênes flottaient dans ses mains mal assurées. Les gardes vigilantes , placées au haut des tours, examinaient avec étonnement le vénérable vieillard , revêtu des bandelettes sacrées , le front couvert de la tiare des grands-prêtres, et entouré de victimes, sur le char où il était tristement assis. «11 continue ses funestes conjurations, « disaient les Thébains: voyez cet air prophétie jue; "le malheur et l'effroi reposent à ses côtés; il est " environné comme d'une lueur livide, et de sinis- « très éclairs brillent dans ses yeux. A la clarté dou- « teuse de la lune, on dirait un fantôme évoqué du « fond des Enfers, et qui peut soutenir à peine les « ténèbres transparentes de la nuit. Qu un de nos " guerriers sorte , et aille à la rencontre de ce chef «mystérieux; quil linvite à se retirer, ou qu'il « emploie la force pour l'éloigner des murs d Am- « phion! «

'< Étéocle ordonne au vaillant Hémon de sortir de

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la ville. La porte Hoiiioloïdc roule avec fracas sur ses ^«oncls pesants. Monté sur son char, et revêtu de ses armes, Hcmon franchit le seuil vénéré; et, srvançant vers le magnanime fils d'Oïclée: «Prêtre «d'Apollon, lui dit -il, votre présence alarme les « habitants de Thèbcs ; ils n'ignorent point votre « science des formules puissantes , et ils craignent que « vous n'invoquiez contre eux quelque divinité en- « nemie. Prêtre d'Apollon , retirez -vous ! Les Thé- « bains souffrent assez de maux; je vous en sup- « plie, n'en attirez pas sur eux de plus grands « encore. »

«Non, répondit Amphiaraûs , non, je ne fais « point de conjuration contre la ville infortunée de « Cadmus. J'erre sans projet autour de ces murailles « élevées au son de la lyre d'un poëte divin. Jeune M guerrier, j'ai été instruit dans l'art de prédire l'a- M venir; mais l'avenir n'existe plus : il n'y a plus «maintenant ni crainte, ni espérance; nous som- « mes tous comme sous le poids d'un anathème. «Chacun se sent frappé dans sa patrie, dans ses « affections les plus chères: le deuil est dans toutes « les familles; et chaque famille me paraît participer « en quelque sorte de cette destinée obscure et fu- « neste qui poursuit le sang d'OEdipe. Une main « divine est étendue sur les nations de la Grèce : « c'est un mystère de vengeance et de mort qui sac

igr) ANTIGONE.

'< complit. A Argos, comme à Tliébes, une douleur « intime et profonde, une tristesse sans mesure, rê- « gnent au fond de tous les cœurs.

«Hier, pendant que je prenais, avec les chefs "d'Argos, un repas qui sera peut-être le dernier u pour moi, un aigle a enlevé ma lance. J'ai accepte « avec joie ce présage; il me confirmait la promesse « que me fit Apollon de me dispenser de cette guerre " odieuse, de cette guerre qui ne ressemble à nulle « autre. L'aigle a ensuite laissé retomber ma lance, « qui s'est enfoncée dans la terre fertile, et qui s'est "changée en laurier, dernier témoignage, sans « doute , de l'honneur qu'Apollon veut que l'on «rende à son grand-prêtre. Oui, ma fin est pro- « chaine. Jeune guerrier, ce n'est pas volontiers que «je suis venu contre Thèbes. La trahison de mon " épouse, la belle Eriphile, m'y a forcé. Ah! je sens « au-dedans de moi une secrète terreur, comme ces « terreurs que Ion verse dans lame des initiés, aux «mystères d'Eleusis, pour éprouver leur courage. « Il me semble que la mort habite déjà ma poi- « trine. Ce n'est point la crainte des hasards qui me «cause de telles angoisses. Regarde -moi, j'ai des « victimes sur mon char, j'ai les vêtements de grand- « prêtre, une mitre couvre mon front; mais je suis « guerrier aussi, et je puis à l'instant même revêtir « la cuirasse et le casque, et armer mon bras d un

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