‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 74 sur 184 · LIVRE V. 2o · texte numérisé non relu

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« offert; c'est la mort, sans doute, qui nous donnera « l\iu à l'autre. "

«Dieux! s écrie Ismêne, pardonne,© ma sœur! «je t'admirais; mais que j'étais loin de connaître c< toute l'étendue de tes sacrifices ! » Antigone rougit à son tour; l'envie de justifier en quelque sorte sa sœur à ses propres yeux avait entraîné la vierge magnanime au-delà de ce qu'elle voulait dire. Elle ajouta ensuite quelques paroles d'espérance; car, dans son cœur généreux, l'espérance n'était tout-àfait éteinte que pour elle-même.

.. Tels étaient les entretiens des deux sœurs dans le palais d'OEdipe, et pendant le silence de la nuit. Les Thébains veillaient aussi. Les chefs faisaient la revue des dépôts d'armes, et préparaient tout ce qui était nécessaire pour soutenir les attaques des Argiens. De longues pièces de bois, des blocs énormes de pierre, étaient placés derrière les portes des remparts; les chars destinés aux attaques du dehors étaient rangés sur les places publiques : on distribuait aux coursiers une nourriture abondante. Étéocle, avec une activité incroyable, visitait tous les postes, animait les soldats, et donnait tous ses soins aux préparatifs de la défense. Les Argiens, de leur côté, craignaient de se livrer au repos, et Polynice ne montrait pas une moindre ardeur pour assurer les succès du siège. Le ciel cependant con-

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tinuait de se montrer irrité. Des tonnerres effroyables grondaient dans le lointain. A de profondes ténèbres succédaient tout-à-coup des lueurs sinistres et prolongées, semblables à des torches que Ton ap'itcrait dans le fond d'une caverne. Redoutables Eiiniénides, étaient-ce vous qui, vous livrant à de funestes joies, exécutiez dans les airs vos danses odieuses?

« Lorsque l'aurore pâle et livide s'éleva sur l'horizon , les sept chefs s'avancèrent contre la ville, ki, on voyait le superbe Tydée, couvert d'une armure moitié grecque et moitié barbare, entasser, auprès de la porte Proétidc, des branches sèches que luimême avait liées dans la forêt, ensuite y mettre le feu , pendant qu'une grêle de pierres et de flèches pleuvait sur lui du haut des murailles. Là, on voyait Ilippomédon assiéger, avec non moins de fureur, la porte Ogygienne. Chaque chef faisait de son côté des efforts différents.

« Capanée s'écrie : « Je franchirai les murailles ! «Dieux de l'Olympe, on dirait que vous voulez au- «jourd'hui protéger la ville perfide; mais Juj)iter « lui-même ne la garantirait pas de ma fureur. Oui , « je défie celui qui tonne au haut des cieuxî »

«Ainsi parle l'impie, et, soulevant une échelle énorme que dix guerriers auraient eu peine à dresser, il 1 appuie contre les murs. Soldats d'Argos,

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peuples de Tliêbcs, vous fûtes frappes de surprise! Mais fétonnement se clian.j^e en terreur pour les Thcbains, lorsqu'ils voient Ca panée au sommet des murs élevés. Les flèches avaient glissé sur sa cuirasse, les pierres avaient rebondi sur le vaste bouclier dont il couvrait sa tête. Son glaive redoutable brille dans sa main comme l'éclair qui traverse une nue obscure, comme un météore précurseur de mille fléaux. Les soldats qui gardaient les tours élevées, pâles, éperdus, s'enfuient en jetant leurs armes. Capanée, debout sur la muraille, et semblable à un Titan, reste immobile sur ses jarrets nerveux; il promène autour de lui des regards terribles, et pousse un cri de désolation et de mort qui retentit par toute la ville. « Race hideuse d OE- « dipe, sécrie-t-il, ton jour est arrivé! Nous allons « voir ce que feront les Dieux ! » A ces mots , il arrache des blocs de pierre , et écrase la foule éperdue des Thébains; mais l'impie ne jouit pas long-temps de son triomphe : un foudre parti du marchepied de Jupiter vient le frapper. Le corps du géant fume un instant du tonnerre qui lui a ravi le jour; et il tombe du sommet des remparts, pareil à un chêne renversé par l'orage.

« Cependant Tydée continuait d'assiéger la porte Proétide. Déjà les ais d'un bois de chêne réunis par de fortes bandes d airain sont à moitié consumés

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par le feu. Tantôt le farouche Étolien attise la flamme avec le fer de sa lance, tantôt il pousse d'un bras vigoureux un frêne énorme contre la porto, qui rend de sourds gémissements. Enfin les ais embrasés tombent, les fortes bandes d'airain fléchissent, et les débris de la porte continuent de brûler dans le foyer de l'incendie, qui gagne les pièces de bois et les chars entassés derrière. « Je puis donc «enfin me venger! sccrie le prince de Calydon. «Satellites du tyran, reconnaissez ce Tydéc qu'il «n'a pas craint d'outrager! il avait bien raison de « vouloir ma mort! Femmes et filles de Thébes, je « vous épargnerai la vie , parccque je veux de belles « esclaves pour aller puiser l'eau dans les fontaines «d'Argos! Mais où est Polynice? qu'il vienne! « Voici le chemin que je lui fraye vers le trône. »

« Il dit, et il appelle à grands cris l'époux d'xVrgie. Polynice accourt; son cœur est ému de douleur et de pitié, en revoyant, pour la première fois, au travers, pour ainsi dire, d'un rideau de flamme, fintérieur de la ville qu'il avait quittée, couvert de la malédiction de son père. Un soupir sortit de sa ix)itrine oppressée, quelques larmes échappèrent de ses yeux, et il resta immobile, absorbé dans les plus funestes pensées; il lui semblait entendre comme une voix intérieure qui lui criait; «Jamais « tu ne régneras sur la race vaillante de Cadmus! »

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