LIVRE V
« Etéoclc et Polynicc se portent dans tous les lieux où leur présence est nécessaire, soit pour Fatlaque, soit pour la défense. Ils semblent se multiplier; ils sont toujours au milieu des combats les plus acharnés. Souvent ils se rencontrent sur les différents champs de bataille; d'abord ils s'éloignent, mais en frémissant de rage , car ils sont altérés du sang l'un de l'autre. Une fureur secrète et irrésistible les pousse à se chercher; et, lorsqu'ils se retrouvent j:>armi ces scènes de désolation et d'horreur, un sentiment de la nature , qui survit à toutes les inimitiés , et qu'il n'est jamais possible d'éteindre tout-à-fait, les force à s'éviter. Alors ils trompent en quelque sorte leur haine impie, en immolant autour d'eux une foule éperdue. Malheur aux guerriers qui s'offrent à ces deux maudits ! qu'ils n'espèrent aucune pitié ! Ainsi le chien fidèle à qui le berger confiait na^^^uère la garde de ses troupeaux: attaqué d'un mal affreux qui lui fait méconnaître tout-à-coup les douces habitudes de la maison où il est né, il fuit, l'œil hagard , la tête baissée : néanmoins , rappelé par ses anciens souvenirs, il revient sur ses pas, et fait tristement le tour de la bergerie; s'il rencontre son maître, il s'élance sur lui, puis il se retient, et fuit de nouveau. Pressé par le eruel besoin de dévorer une proie, et contenu en même temps par un reste d'affection et de reconnaissance, il se détourne pour
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se jeter sur des victimes «ju'il puisse déchirer avec (jnel<[ue innocence; et, sil doit mourir dans la douleur, il voudrait du moins éviter le dernier rriuic et le dernier ()p])robre. Mais, fils dOEdipe, vous nevitereij ni le dernier crime, ni le dernier opprobre !
« Par-tout où ils sont, le carna{;e aufjmente avec une rapidité effroyable; et par-tout, sur leur passage, lorsfju'ils portent d'un lieu à un autie leurs pas sanjjlants, ils inspirent tous les deux à leurs soldats je ne sais quoi de furieux et de désespéré que je n'ose nommer courajye. On ne veut que tuer, sans s'occuper du soin de sa propre vie: on se bat pour donner ou pour recevoir la mort, et non |)oint pour vaincre. Etéocle, qui n'a su jamais «pu* faire peser un joufj de fer sur ses peuples, et <pii , ])1 us d'une fois, a fait détester son pouvoir, Etéocle ne peut compter sur Taffcction de ses Thébains. La patrie elle-même a cessé de leur être chère: audessus des élojjcs connue des menaces d Un chef aveufflé par fambition et par la colère, ils lui sont fidèles néanmoins. Mais, s'ils courent à un trépas certain, ce nest point ])ar dévouement pour lui; c'est par un vaone sentiment du devoir, par la pensée confuse de la };loire, pensée immortelle dans I.iiik; dis 'J'hébains. PciU-étre .sont-ils tiiciinincs anssi parle crnci attrait du danjjci'; penl-clrc «nlin