‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 81 sur 184 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« douce lumière du jour : sa troupe, privée de sou i< chef, sera facilement vaincue. »

« Tydce furieux ne contient plus sa rage; il se précipite sur le prince de Thébes, qui reste immobile comme le roc affermi sur le rivajife de la mer. Jamais combat ne fut plus acharné; jamais on ne vit de plus horribles blessures. Les deux héros, haletants, et dégouttants de sueur et de sang, ne pouvaient se vaincre ni Tun ni l'autre. La campagne, autoar d'eux, était couverte d'Argiens et de Thébains, qui continuaient de s'entr'égorger, sans presque faire attention au combat des deux chefs , tant était grande la fureur qui animait tous les soldats. Cependant un cri formidable retentit au loin : c'est Tydée frappé à mort : Hémon venait de lui enfoncer dans la poitrine son fer terrible. Le fils d'OEnéus , qui voudrait lutter contre son inexorable destinée , se roidit, et demeure un instant debout, comme le rocher détaché de la montagne, et retenu par son propre poids sur le penchant d'un profond abyme. Étonné d'être vaincu , il porte à son front ses mains incertaines, pour essuyer la sueur glacée de la mort. Enfin il tombe, et, furieux , il se roule dans la poussière , en proférant d'impuissantes menaces , en maudissant le jour où il connut Polynice, le jour où il embrassa la cause de l'exilé.

'< Hémon , affaibli par tout le sang qu'il a ré-

jîandu , se soutient à peine. Quelques Tliébnins sccliappent de la mêlée, et s'approchent du fils de Créon pour affermir ses pas chancelants. Le héros rentre ainsi dans la ville, qui était entièrement délivrée ; car ceux des imprudents compa^jnons de Tydéc qui ne s'étaient pas hâtés de fuir, avaient péri misérablement dans Tintérieur des murs.

«Mais le prince de Calydon, resté sur le champ de bataille, avait trouvé encore assez de force , avant de fermer les yeux à la lumière, pour se trtiiner auprès d'un Thébain mourant comme lui , et comme lui couché sur la terre. Oserai-je le dire! on vit alors le cruel Argien saisir, dans le délire de son dernier courroux, la chevelure du Thébain , qui ne faisait plus entendre cpie quelques râlcments douloureux... Dieux immortels ! non, je n'achèverai point; non , je ne dirai point par quelle vaine et odieuse fureu r le fils d'OEnéus souilla la fin d'une vie si glorieuse. Qu'il me suffise de vous rappeler le tigre lorsque, au fond des forets, il est tout hérissé des traits mortels (j[ue lui a lancés le chasseur intrépide: s il parvient jusqu'à son antre sauvage, il essaie de broyer entre ses fortes mâchoires les ossements dépouillés des victimes qu'il dévora les jours précédents ; et cette image hideuse de ses repas barbares répand comme de la joie, mais une joie affreuse, sur les tourments quil endure.

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