LIVRE V. 22(j
Nous partajjioris les inquiétudes mortelles de la vierge magnanime qui élevait en vain vers le ciel ses mains suppliantes. Elle refusait de se livrer au penchant qui Tentraînait vers lexilé. Hélas! elle ne pouvait souhaiter la victoire ni de l'un ni de l'autre; mais Polynice était le plus malheureux.
« Enfin les Argiens plient de tous les côtés. Ils se réfugient dans le camp d' Adraste , au pied du mont Teumesse , où ils sont poursuivis par les guerriers de Thébes , qui brûlent d'y porter l'incendie et la mort. Déjà les fortes palissades soutenues par des pieux de chêne durcis au feu sont enlevées. Spectacle lamentable ! le vieil Adraste est debout sur son char, ses yeux sont fixes et immobiles, sa barbe vénérable descend jusqu'à sa ceinture ; il est entouré de ses serviteurs fidèles et d'un grand nombre de femmes d'Argos. Il ne voit point auprès de lui ses chefs vaillants; il interroge avec anxiété tous les guerriers qui arrivent successivement dans sa tente ; et, à chaque fois, il apprend, hélas 1 que le sort des combats ou la colère des Dieux a moissonné celui qu'il vient de nommer. Argie est à ses pieds , et demande, au milieu des sanglots, son époux chéri. Le cœur oppressé et les yeux noyés de larmes, ce roi malheureux appelle à grands cris ses deux gendres. "Tydée, lui dit-on, a péri sous les coups « du généreux Hémon. On a vu Polynice s'enfon-
23o ' ANTIGONE
i< (j'Hiit dans U's bataillons thôbaiiis, où il est rcsh ..enveloppé; ncaiiinoins le bruit de sa mort n'est u point parvenu jnsipi'à nous. <-
.- Dieux! dit Adraste, voilà donc loraclc acconi- " pli! je reste seul de tous les cbcFs({ucj'ai conduits «au si6(;e de Thèbcs. Qui protêf;cra ma vieillesse? .'qui protégera ces femmes? »
-' Alors on entendit les burlements des femmes. Ar{^iect D(''ipbile sarracbaient les cbcvcux. Évadnc accusait Jupiter (jui l'avait ])nvée de Cajxinée. l'.riphilc exbalait ses plaintes toucbaiites; elle s'avouait coupable de la mort d'Amphiaraiis. Et cependant le carnajycct l'incendie exerçaient leurs ravaj^es dans le camp. Créon, l'impitoyable Crcon, au milieu de ses soldats victorieux, éfjorp,eait sans |)itic fous ceux qui se présentaient devant lui. il allait porter sur le vieux roi sa main bomicide; il commençait à l'insulter: «Insensé, lui disait-il, les . Dieux lavaient sans doute ravi la raison, lors(|tic .' tu t'es laissé persuader de prendre pour {jendres .. deux aventuriers, l'un fuyant pour éviter de j)or- . ter la peine d'un crime, l'autre j>oursuivi jiar les .< malédictions du ciel. Mais où les Dieux tout le
plus avenj;lé, c'est sans doute lorstpi'ils t'ont con- .. seillé de; donniM' ta lillca un lilsd(>Edipe. Le nial-
lii'iir atlire !(■ inallieiir. " tl acbevait a juiiic , (|uc l*ol\ nicc lili-iii(' iric, (•(•li;i|>|»c à l.i (Icl.iilc des 1 1 niipes