LIVRE V
veriie, et profère, à voix basse, les formules occultes. Vous eussiez vu alors le dragon immonde sortir de sa retraite, se glisser sur la terre, et suivre, avec une apparence de docilité, les pas de la vierge savante, au travers des bruyères arides; ses écailles luisantes brillent au soleil de mille couleurs sinistres, ses yeux lancent de lugubres éclairs. Si, sur son passage, il entend la voix mélodieuse du rossignol , il voudrait se détourner pour essayer encore cette force mystérieuse qui fascinait naguère Thôte innocent des forêts ; et sa triple langue répand avec rage sur la terre un venin qui ne donnera plus la mort. Il y a quelque chose de plaintif et d'affreux dans ses sifflements prolongés, qui expriment en même temps et la menace et l'effroi. A la fin, la magicienne trace un cercle, où elle place des charbons ardents : le serpent, devenu tout hideux, se replie sur lui-même pour éviter le brasier ; mais c'est en vain, il est forcé d'obéir et de se jeter dans le bûcher magique, où il expie, au sein des tortures, une vie odieuse. Tels sont les hommes coupables entre les mains de la justice divine. Tels vont être les fils malheureux d'OEdipe, enfermés, en quelque sorte, par la malédiction paternelle , dans une aire de crime et de mort d'où ils ne pourront plus sortir.
«Deux chefs, l'un Thébain et l'autre d'Argos, se rencontrent auprès du tertre de Niobé, là où cette
i'.3| ANTIGONE.
mère iiiFortuiiéc, trop jmiiio d'avoir voulu sé{;al«i à mu* Dt'c'ssc , vit najjuèro ses Hlltîs tomber autour il elle sous les lléehes (1 Apollon, ses Hlles (|ui laisaieut sou oi-jjucii et son amour. Kpuisés de Hiti- {{ue, les deux chefs, restes seuls, ont été ((tudiiiis en ce lieu funèbre j)ar les chances de la bataille. Ws sarrêtcnt avant d'avoir connu à leurs armes «ju'ils sont ennemis: aussitôt ils sentent s'allumer en eux toutes les fureurs dErinnys; et je ne Sîiis «juel instinct de haine les porte à sentre-déchirer. Après s'être obscrsés un instiint, ils se précipitent Tun sur l'autre avec une rage de désespoir. Tous les deux j)leins de force, animés tous les deux des sentiments <pii auraient suppléé à la force, ils se frappent de (•ouj»s également redoutables. Déjà ils sont cou vert*% de plaies affreuses. Pendant <ju ils se disputent ainsi l'étroit terrain marqué par une destinée venj^eresscî. Mil loMji (clair vient sillonner le ciel et ('ii\t'loj)[)ri d'une lueur sinistre toute la scène du caruaj;e. On eût dit (pie les Furies infernales ('Uiiinit venues secouer autour deux leuis torches funèbres. Alors les deux frères, alors, ah! j'en frémis! les deux frères se reconnaissent à leurs emblèmes, 'rhébcs leur appâtait dans le lointain : elle leui' semble baijjncc dans un océan de feu; et mille sous plaintils. ipti partent du sein de la ville natale, parvienueiU a leur oi(;ille cpouNaïUcc. Ils poussent Jiii cri d lior-