LIVRE SIXIÈME
Deux jours s'étaient écoulés depuis le dernier récit deTirésias. Le vieillard thébain, dans un trouble dont il n'était pas le maître, g^ardait un silence douloureux; et Daphné, qui partageait toutes les tristesses de son père, ne rencontrait plus les princesses phrygiennes sans verser des larmes. Le troisième jour, Tirésias, entouré de toute la famille de Priam, essayait mille entretiens nouveaux. Il croyait pouvoir éloigner ainsi de la pensée de ses hôtes , et de sa propre pensée, les souvenirs amers, les pressentiments cruels, dont il était sans cesse obsédé. « Hé- «las! disait-il à sa fille, n'avons-nous pas assez du «passé, sans porter encore le poids de l'avenir? « Mais enfin il comprit qu'il ne pouvait éviter davantage de peindre le dernier dévouement d'Antigone, et sa mort prématurée, qui fut comme un paisible sommeil , et ses funérailles où l'on vit les pompes de l'hyménée unies au deuil des tombeaux. Il n'allait faire entendre que des chants funèbres : toutefois il se félicitait en lui-même de n'avoir plus à répéter les paroles de l'opprobre et de la malédiction. Ce
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fut donc avec (|iiclque assurance (jii il lepiit en ces
mots :
'< La fille dCMùli|ie a cjHiisé toutes Us doiilciirs; elle a reiii|>li tous les devoirs envers sa déploiahlc raiiiillc; elle a Uni toute la destinée (| ni lui lui promise sur les rivages de 1 Aulide et sur les soujuiets du Cythéron : sa vie désormais serait une vie vulgaire et sans but. C'est à jirésent qu'il faut (jue la suppliante meure! 11 faut (piClle nieure étrangère à tous les plaisirs, à toutes les félicités: il faut que ses lèvres pudi([ues aient touché à peine la coupe séduisante des illusions; il faut que son existence, séparée des autres existences, s'éteigne comme enveloppée encore sous le manteau mystérieux d 01> dipe. Elle sut naguère sourire à 1 adversité; elle va savoir sourire à la mort. Pareille au Phénix, (jni se construit lui-même un bûcher, elle semble consentir à son arrêt. Sortez donc des funestes palais de Laïus, vous nêtes plus faite pour les habiter; sortez des palais de Laïus, vierge sublime! Sortez, non point pour charmer les regards des hommes, non point pour être lornemeut de la maison d un époux, mais pour accomplir votre dernier sacrifice, le sacrifice expiatoire (jui doit effacer les crimes non \t;iigés, qui doit désai nier la colère du ciel, et iiulfre fin M lanl (le calamités. Ah! lorscpie les |)remières