DEUXIÈME PARTIE
ou plutôt, leurs institutions doivent être déjà une émancipation, un pas vers toutes les initiations à-lafois. D'ailleurs on n'invente pas des traditions.
Lorsqu'une civilisation recommence, et c'est le cas où nous nous trouvons, elle recommence avec un élément de plus , avec l'adoption d'un plus grand nombre d'hommes à la communion sociale. Les études géologiques nous fourniraient un emblème de cette sorte de succession; on pourrait ajouter encore que ce qui se passe sur la terre , aux différents âges du genre humain, est un emblème des hiérarchies de l'autre vie. Qu'il nous suffise de dire que l'élément chrétien est pour nous cet élément de plus, qui désormais doit faire partie de toute nouvelle société humaine.
Il s'agit maintenant, comme une des conséquences les plus importantes du christianisme, d'abolir à jamais cette doctrine qui a trop long-temps régné sur la terre, doctrine qui consiste à croire que le châtiment doit être infligé pour l'utilité de l'association. Le temps est venu de créer dans les esprits cette autre pensée, laquelle doit à son tour gouverner les peuples, à savoir qu'il est moral, qu'il est généreux, qu'il est vrai, qu'il est juste enfin de prendre futilité du prévaricateur pour base de nos lois répressives. Abolissons aussi à jamais cette autre fausse et funeste pensée de l'exemple, qui a égale-
2i8 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
ment régné si long-temps, et régné par les supplices.
Dans la législation des Perses, avant de condamner un homme, il fallait mettre en balance les services rendus par le coupable, antérieurement au crime pour lequel il était accusé, et les mettre en balance avec le crime lui-même. La justice de Dieu juge l'ensemble dune vie, pareeque Dieu sait ce qu'est chaque homme, chaque créature indivi- • duelle, indépendamment de ce qui lui est extérieur. C'est tout un homme que Dieu juge. Les Perses sans doute n'étaient pas plus que nous habiles à une si haute magistrature. Aussi ne se servaient-ils pas de ce genre d'appréciation pour diminuer le mérite des bonnes actions. Leur loi était donc une loi de miséricorde, et non une loi de justice rigoureuse pour tous. C'était le vrai motif, qui est aussi la véritable raison de l'amnistie, et du droit de faire grâce ou de commuer la peine.
Cependant je pense qu'il y a un progrès à faire dans cette ligne d'idées, et que les réformes de notre législation criminelle ont grand besoin d'être éclairées par une pensée si humaine. Il en résulterait le principe d'une théorie de peines et de récompenses, théorie fort belle et fort sociale, mais qui en ce moment doit nous être étrangère.
Finissons par cette réflexion: Il ne peut y avoir