‹ ŒuvresChapitre 103 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sanctionnent par leur assentiment; et, il faut bien en faire l'observation , le code inconnu, qui, dans les ténèbres, régit les prisons et les bagnes, ce code est aussi d'institution divine, en ce sens qu'il n'est pas non plus le résultat d'une convention, d'un contrat, qu'il est fondé sur une loi primordiale de la nature humaine , en ce sens encore , que nul ne peut s'y soustraire. Supposez le bras qui retient dans les fers ces hommes si profondément flétris, se retirant peu à peu, on concevrait que les grossiers rudiments, tout formés, d'une société quelconque , pourraient les améliorer et les perfectionner. N'oublions pas que Caïn fut le fondateur de la première ville. Si ce n'est point un fait historique, dans l'acception restreinte de ce mot , du moins c'est un fait universel, caractère essentiel des faits racontés dans la Genèse. L'autorité que j'accorde au témoignage de la Bible ne connaît point de bornes : je n'ai pas besoin d'en dire la raison; elle sort de l'ensemble de cet écrit.

Les brigands , ceux qui infestent les grands chemins, les voleurs de tout genre, dans le temps même où ils secouent l'honneur de convention, le joug des lois delà société dans laquelle ils sont nés, ont, dis-je, des points d'honneur, des lois non écrites, une sorte d'équité naturelle, qui règlent les droits particuliers de chacun, qui forment la hié-

ii 6 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.

rarchie et la subordination, qui président au partage des dépouilles, qui seraient enfin les premiers éléments dune société civile, dans des circonstances données, et même les premiers éléments dune société politique, instinctivement armée d'un patriotisme sauvage. Ailleurs j irai bien plus loin ; mais il faut que le lecteur y soit préparé. Ainsi donc ces hommes qui , pour première profession de foi, se déclarent hors des lois de leur pays, reconnaissent encore des lois; et ces lois, sans législateurs et sans magistrats, sont plus fortes que leurs passions déchaînées, plus fortes que les supplices , que la mort. Les brigands de Rome ont déplus un culte; mais, pour ceux-là, il faudrait se livrer à tout un ordre de considérations étrangères au sujet qui nous occupe en ce moment. Nous ne voulons parler que des malfaiteurs , tels qu'ils sont dans toute société organisée et pleine de vie. Ils choisissent en quelque sorte la société particulière dans laquelle ils veulent vivre. Choisissons pour eux, et prenons, s'il le faut, dans leur propre code les principes de leurs lois nouvelles, des lois d'exception que nous devons leur donner, car ces principes sont ceux même des institutions primitives.

Mais nous n'en aurons pas besoin, car avec la loi morale que nous sommes dans l'heureuse nécessite de commencer par consulter, nos institutions,

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