DEUXIÈME PARTIE
traire est peut-être d'y ramener la race nègre-, en supposant que cette race si malheureuse soit à notre égard en arrière de tout un cycle palingénésique. Ne vovons-nous pas que déjà il y a plus d'idées de civilisation dans les noirs parvenus à l'émancipation sociale que dans les colons abrutis par le pouvoir sans limite des maîtres sur les esclaves?
J'ai seulement voulu dire que l'hypothèse où se trouvent les Amériques doit donner lieu à d'autres considérations dont je n'ai point à m occuper.
En toutes choses, dans tous les ordres d'idées, les faits primitifs, les causes primitives, produisent des effets qui se prolongent et qui durent toujours. La première génération produit les générations successives dans les siècles des siècles. La puissance de la vie se transmet sans s'éteindre , se transforme sans perdre son type originel. Cette sorte de vie virtuelle pour les races progressives de lEurope vient de l'Orient. N'oublions donc jamais que l'Orient est notre berceau cosmogonique et intellectuel.
Les civilisations américaines, quelles que soient leurs origines différentes, nous sont devenues toutà-fait étrangères sous ce rapport. Je ne sais si jamais notre vieille Europe entrera dans ce mouvement, je suis peu disposé à le croire. Un principe cosmogonique , qui est la vie même à sa source , est
doué d'une force de perpétuité indéfinie qui survit aux opinions et même aux croyances; elle informe plus ou moins toutes les institutions qui se succèdent jusqu'à la fin.
La grande erreur du dix-huitième siècle a été de méconnaître cette force de perpétuité, et de nous traiter comme une race née spontanément et sans ancêtres. Cette première erreur a occasioné toutes les autres, dans 1 attaque aussi bien que dans la défense, et nous a livrés à une suite de réactions dont il est impossible de prévoir aujourd'hui le terme.
Tel est néanmoins le berceau cosmogonique et intellectuel des civilisations américaines. Ce qui était pour nous une grande erreur est devenu pour elles une vérité. Leur point de départ est le contrat social. Les Numa, les Lycurgue, les Zaleucus, les Aristote, les Platon, qui gouvernent encore, sinon nos doctrines sociales, du moins nos intelligences, ne sont rien pour les Amériques. Les Penn, les Bentham , les Lovingson, sont leurs véritables législateurs ; ils n'ont pas besoin de remonter plus haut que Bacon. Cette jurisprudence romaine, fille elle-même de tant de législations antérieures, traditionnelles ou écrites, cette jurisprudence romaine qui nous tient toujours dans ses indissolubles réseaux, peut leur être inconnue sans