‹ ŒuvresChapitre 130 sur 175 · TROISIEME PARTIE. a · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. a

violents et illégaux, et aussi parceque la partie dominante de la société a refusé le remède providentiel qui lui était offert depuis si long-temps en vain, peut-être enfin parcequ'il vient un moment où Dieu n'a plus que des fléaux pour venger ses lois méconnues. Alors la parole est aux événements; alors le vaisseau des destinées humaines, sans pilote et sans gouvernail , est abandonné à la merci des flots.

Néanmoins cette forte organisation du moyen âge, toute vivante en Europe, traînait encore chez nous sa terrible caducité. Oui, les écrits de l'illustre philosophe piémontais sont le chant du cygne d'une société expirante. Et, chose digne de remarque! le prophète du passé, l'homme des doctrines anciennes, est mort paisiblement, aux côtés de son vieux souverain , la veille du jour où forage devait subitement gronder autour des dynasties italiennes, la veille du jour où elles se sont crues obligées de livrer leur pays à l'étranger; et il n'a eu aucun pressentiment de ce rapide orage qui allait forcer son roi à abdiquer une couronne replacée, depuis si peu de temps, sur sa tête, par des événements imprévus qu'il n'avait ni préparés , ni secondés. Peutêtre»dans ses derniers entretiens avec son maître, racontait-il le retour d'Esdras après la captivité, l'ancien livre de la loi expliqué de nouveau sur les

ruines du temple, le peuple d'Israël brisant des liens illicites, renvoyant des épouses qui ne lui avaient pas été données par la loi de ses pères , tenant d'une main la truelle, et de l'autre le glaive, pour relever et défendre à-la-fois ses murailles démolies par de barbares vainqueurs : tant les analogies incomplètes ne servent qu'à tromper les hommes, et à fasciner les esprits les plus élevés! Mais c'était la patrie qu'Esdras faisait sortir du tombeau; c'était une proie qu'il ravissait à l'étranger. Qu'eûtil dit, cet homme d'un autre âge , s'il eût vu , quelques jours après, la Grèce, soulevant d'elle-même le poids de ses fers, et cherchant à se rajeunir, après tant de siècles de l'oppression la plus ignominieuse! Ainsi les deux grandes métropoles du monde moderne, de l'Europe chrétienne, Rome et Gonstantinople, se trouvent à-la-fois battues par les flots d'une mer inconnue, les flots d'une civilisation naissante, d'une civilisation à qui l'avenir est promis. Le prophète du passé s'est endormi la veille du jour solennel, il s'est endormi au sein de ses souvenirs , qu'il prenait pour des prévisions ; et les réalités de son temps ne lui ont été révélées qu'avec les grandes réalités des pensées éternelles. Mais n'a-t-il pas dû éprouver quelque doute, lorsque sa tête reposait sur l'oreiller'de son lit de mort? ]N'avait-il pas eu le temps de savoir que l'Espagne

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