‹ ŒuvresChapitre 129 sur 175 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

de l'homme individuel. Un tel homme ne doit pas se faire centre, il doit letre. Louis XIV, dans la dernière moitié de son régne, fut condamné à se survivre, exilé en quelque sorte au fond de ses palais par sa royale misère et par les infortunes de ses peuples. Le temps était donc venu de substituer un autre principe à celui de l'institution féodale, trahie ou vendue de toutes parts, et qui ne devait plus avoir d'asile que les splendeurs pâlissantes de Saint- Germain, ou les pompes nouvelles de Versailles. On ne sut trouver que le droit divin , tel que l'avait expliqué Bossuet, en présence, et, pour ainsi dire, sous les yeux de la révolution anglaise. C'était la première fois qu'on faisait de ce droit, en Europe, un principe théocra tique semblable à celui qui gouverna les Juifs; et, par une contradiction inouïe, on niait en même temps au pouvoir religieux la suprématie de ses prérogatives. On élevait donc un édifice qui manquait de base, qui ne pouvait s'asseoir sur aucun fondement. Ne faudrait-il pas s'étonner de ce qu'on continua de laisser dans l'oubli la seule loi qui pût fonder, la loi de l'émancipation de l'Évangile, de l'affranchissement de la tutéle, prêchée par saint Paul lui-même? M. de Montlosier a donc raison de blâmer l'établissement monarchique de Louis XIV, quoique ce soit dans d'autres intérêts et d'autres vues. Ce premier pas

dans une si mauvaise route devait nous faire graviter vers l'unité du pouvoir, qui est si près du despotisme de l'Orient, lorsqu'il n'est plus, et qu'il ne peut plus être le pouvoir patriarcal du père de famille, étendu de la tribu au peuple. L'affranchissement des communes et l'abolition de la puissance féodale devaient avoir un autre résultat, par la nature même des choses; et la révolution française est survenue à l'improviste , sans avoir été ni préparée ni mûrie dans la haute sphère des traditions sociales. Si elle se fût bornée à faire passer l'émancipation chrétienne de la sphère religieuse dans la sphère civile, elle n'aurait fait qu'accomplir la loi du progrès. C'est sans doute ce qu'eût voulu faire Fénélon par M. le duc de Bourgogne , lorsqu'il serait monté sur le trône; mais le prophète de l'avenir, celui en qui l'amour des hommes, l'intimité du sentiment évangélique , l'imagination la plus gracieuse, des souvenirs pleins de poésie, formaient un mélange si charmant, ce beau et aimable génie était regardé par le roi absolu comme un esprit chimérique. La lyre mélodieuse du nouvel Orphée ne pouvait être entendue sous le règne corrupteur qui suivit de si près la mort du grand roi. La révolution est allée au-delà de ces rêves d'amélioration, parccquc la transformation sociale, se faisant trop tard , ne pouvait s'opérer que par des moyens

Page 1